Laura Déon

Club Italie-France : Vous avez fondé Ö avec l’ambition de réunir plusieurs univers du luxe et du prestige au sein d’un même écosystème. Quelle est la vision entrepreneuriale à l’origine de ce projet et quelle transformation souhaitez-vous apporter à ces marchés ? 

Laura Déon : Tout est parti d’un constat. Après sept ans dans l’immobilier0, je trouvais que les sites sur lesquels nous présentions nos biens n’étaient pas à la hauteur de ce qu’ils vendaient. Les portails d’annonces paraissent aujourd’hui désuets. Leurs pages sont envahies d’espaces publicitaires, et un même bien y apparaît plusieurs fois, publié par différentes agences. Cette multiplication gonfle les chiffres, mais n’apporte rien de réel, ni aux professionnels ni aux acquéreurs, qui attendent un outil clair et qui va à l’essentiel. 

À cela s’ajoute un second constat : ces marchés sont éclatés. Un même client peut chercher une demeure, une voiture de collection et un voilier, mais il doit passer par des dizaines de plateformes et d’intermédiaires qui ne se parlent pas. Le temps se perd, la qualité se dilue, et la confidentialité est rarement garantie. 

Ö est né pour répondre à ces deux constats. La plateforme se veut épurée et va à l’essentiel : pas de publicité, et un seul exemplaire de chaque bien, car le premier qui le publie en détient la diffusion. Ö n’est pas un portail d’annonces de plus : c’est une marketplace à haute valeur, à la fois on market et off market, où un vendeur peut passer de l’un à l’autre en un seul clic. 

La transformation que je souhaite apporter repose sur trois mots : centraliser, transformer et phygitaliser. Centraliser, d’abord : réunir dans un seul écosystème l’immobilier, l’hôtellerie, l’automobile, le nautisme et l’aviation privée. Transformer, ensuite : remplacer des échanges longs et dispersés par un parcours fluide, où l’offre est unique et le contact réellement qualifié. Phygitaliser, enfin : le luxe a besoin d’outils digitaux performants, mais il ne peut pas renoncer à l’excellence du lien humain. Ce secteur mérite des outils à son image, et c’est ce que Ö veut lui offrir. 

Club Italie-France : Ö réunit notamment l’immobilier de prestige, l’automobile d’exception, le yachting, l’aviation privée et l’hôtellerie de luxe. Quelle est la logique économique de ce modèle multisectoriel et quelle valeur ajoutée apporte-t-il aux professionnels et aux clients ? 

Laura Déon : Sur la logique économique, d’abord. Ö repose sur trois sources de revenus complémentaires : un abonnement de diffusion payé par les professionnels pour publier leurs offres, qui nous assure des revenus récurrents ; une commission sur les transactions réussies, adaptée à chaque univers, de l’immobilier à l’hôtellerie ; et l’adhésion à Ö Private et au Cercle Ö, notre espace confidentiel réservé aux acquéreurs et investisseurs vérifiés. Le multisectoriel rend ce modèle puissant. Un seul système technique sert tous les univers, donc chaque nouveau secteur s’ajoute à moindre coût. Et une clientèle de prestige ne vit pas en silos : celui qui acquiert une maison au bord d’un lac s’intéresse aussi au bateau, à la voiture, à l’avion. Chaque client attiré par un univers devient un client potentiel pour tous les autres. 

Sur la valeur ajoutée, ensuite. Pour les professionnels, Ö ouvre l’accès à une clientèle qu’ils n’auraient jamais touchée seuls. Leurs annonces sont uniques et se distinguent vraiment, les contacts sont qualifiés, car les acheteurs s’engagent à travers un mandat de recherche, et le système automatise l’essentiel de leurs tâches administratives. Pour les clients, c’est l’assurance de trouver en un seul lieu, au même niveau d’exigence, l’immobilier résidentiel et professionnel, les forêts, les domaines équestres et viticoles, l’automobile, le nautisme, l’aviation et l’hôtellerie, auprès de professionnels sélectionnés, avec un accompagnement gratuit côté acheteur. 

Club Italie-France : L’intelligence artificielle occupe une place importante dans votre projet. Comment cette technologie peut-elle transformer les pratiques commerciales et les relations entre les professionnels du luxe, tout en préservant les valeurs essentielles de ce secteur : confiance, confidentialité et excellence du service ? 

Laura Déon : La pratique commerciale repose sur deux piliers : l’efficacité administrative et la justesse de la relation humaine. Ö prend en charge le premier, instantanément : mandat de recherche, documents complémentaires, organisation des visites, formulation des offres. Ce temps libéré est rendu au commercial, qui peut multiplier les visites, soigner le terrain et se consacrer pleinement à la négociation. Côté client, l’IA doit permettre de trouver vite et juste, pour que chacun consacre son temps à ce qui compte : ses moments de vie. L’IA ne remplace pas la relation, elle lui redonne de la place. 

La confidentialité est inscrite dans l’architecture même de Ö. Les biens off market ne sont accessibles qu’à des acquéreurs dont la capacité financière a été vérifiée, et un bien confidentiel n’est diffusé nulle part ailleurs. La confiance se construit aussi en personne. Une fois par an, cet univers se retrouve lors des Ö Moments, et le Cercle Ö, accessible par cooptation, réunit chefs d’entreprise, investisseurs, collectionneurs et family offices. Appartenir à ce réseau, c’est accéder à des opportunités que l’on ne trouve nulle part ailleurs. 

Club Italie-France : Les marchés du luxe connaissent de profondes transformations, notamment sous l’effet de la digitalisation, de l’internationalisation des clientèles et de l’évolution des comportements d’investissement. Quelles sont, selon vous, les grandes tendances qui façonneront ce secteur au cours des cinq prochaines années ? 

Laura Déon : Demain, le luxe se jouera sur une équation simple : gagner du temps pour mieux le vivre. Trois tendances le confirment. 

La première est le passage à l’acte. Une marketplace ne peut plus se contenter de donner des contacts : elle doit accompagner la transaction, avec une expérience visuellement belle, tout en restant la plus simple et la plus rapide possible. 

La deuxième est la confidentialité. Les acquisitions discrètes se multiplient et exigent un espace dédié, avec ses propres règles d’accès. C’est le sens de Ö Private. 

La troisième est le sens. Les acquéreurs haut de gamme attendent de leurs achats qu’ils aient un impact. Ö Planète est pensé pour cela : un arbre est planté à chaque publication et à chaque vente, et une part de notre marge est reversée chaque année à des projets humanitaires ou environnementaux. C’est le choix de la finplanet : une finance au service de la planète. 

Enfin, cette clientèle a des besoins mondiaux. Les plateformes qui compteront demain seront celles qui sauront s’internationaliser vite. 

Club Italie-France : En tant que fondatrice et dirigeante, quelles sont aujourd’hui vos principales priorités stratégiques pour le développement de Ö ? Comment envisagez-vous la croissance de votre entreprise et son positionnement sur les marchés européens ? 

Laura Déon : Ö a été lancé le 9 septembre 2026. Cinq semaines plus tard, la plateforme compte plus de 400 annonces, 23 partenaires, parmi lesquels De Ferla, Equestrian et Moteur & Sens, plus de 6 000 visites sans aucune publicité et ses douze premiers mandats de recherche. Nous sommes aujourd’hui en phase d’enrichissement de chaque catégorie et d’intégration des logiciels métier, pour faciliter les liens entre professionnels et multiplier les opportunités de marché. 

Après avoir automatisé l’intégration des produits directement sur Ö, ma priorité est désormais l’agrégation des systèmes et des logiciels métier, pour faire grandir les opportunités de façon méthodique. Le premier accord est déjà en place : Ö est connecté à Apimo, l’un des logiciels de référence des agences immobilières. Une fois Ö relié à leurs outils, une agence, un concessionnaire ou un hôtel diffuse ses offres sur Ö sans double saisie. Dans l’hôtellerie, des négociations sont en cours avec des acteurs de la réservation. Je positionne Ö comme un agrégateur : un point d’entrée unique vers l’ensemble des offres de prestige. 

En parallèle, nous sommes sur le terrain. J’ai lancé un Aéro-Tour à travers les aérodromes et terminaux pour rencontrer les acteurs de l’aviation et affiner le système. Le Nautic Tour, qui démarre fin octobre, nous fera rencontrer les chantiers et les brokers du yachting. Nous lançons également une campagne de presse et de marketing. 

Ö est conçu comme un système : le même modèle s’applique à chaque secteur et se duplique dans chaque pays. Notre déploiement repose sur deux types de partenaires. Les éditeurs de logiciels, dont beaucoup sont présents à l’international : chaque accord nous ouvre leurs clients dans tous les pays où ils opèrent. Et des partenaires locaux engagés par contrat, qui animent le système sur leur territoire. C’est cette simplicité qui nous permettra d’aller vite, et la rapidité d’expansion sera la clé. 

Club Italie-France : L’Italie représente un marché de référence dans de nombreux secteurs du luxe, notamment l’immobilier de prestige, l’automobile, le nautisme, le design et l’hôtellerie haut de gamme. Quelle place pourrait occuper le marché italien dans votre stratégie de développement et quelles opportunités y identifiez-vous ? 

Laura Déon : La France et l’Italie sont, à mes yeux, les deux piliers du luxe à l’échelle mondiale. Mais ce qui me frappe le plus, c’est que l’Italie réunit à elle seule tous les univers de Ö, souvent au même endroit. Autour du lac de Côme ou sur la Riviera ligure, un même client cherche une villa, un bateau pour profiter du lac ou de la mer, et un hôtel d’exception pour recevoir ses proches. En Émilie-Romagne, la Motor Valley concentre quelques-unes des plus grandes maisons automobiles au monde. Et l’Italie est l’un des leaders mondiaux de la construction de yachts. C’est exactement la clientèle transversale pour laquelle Ö a été conçu. 

J’y vois aussi une opportunité de méthode. Ces marchés sont aussi fragmentés qu’en France : beaucoup de professionnels d’excellence, des agences familiales, des chantiers et des concessionnaires indépendants, rarement reliés entre eux. Notre système, qui connecte les outils des professionnels et rassemble les offres en un seul lieu, y répond directement. 

Enfin, les clientèles internationales circulent naturellement entre nos deux pays : celui qui achète une propriété en Provence regarde aussi la Toscane. Relier la France et l’Italie sur une même plateforme, c’est leur offrir un territoire de prestige continu. 

C’est pourquoi l’Italie sera le premier pays fondateur de notre déploiement. Je ne veux pas simplement y exporter Ö, je veux le co-construire avec des acteurs italiens, comme un clin d’œil audacieux entre nos deux pays. Ensemble, nous éprouverons le modèle avant de l’étendre. 

Club Italie-France : La France et l’Italie disposent de savoir-faire, d’entreprises et d’écosystèmes économiques particulièrement complémentaires dans les industries du luxe. Quels partenariats souhaiteriez-vous développer avec les entrepreneurs, investisseurs et professionnels italiens ? Et quel message aimeriez-vous adresser aujourd’hui aux acteurs économiques italiens susceptibles de rejoindre votre projet ? 

Laura Déon : Je recherche quatre types de partenaires en Italie. 

D’abord, un associé italien, entrepreneur ou investisseur, pour cofonder Ö Italie avec nous et porter son développement dans tout le pays. Ö apporte la technologie, la marque et la méthode ; notre partenaire apporte sa connaissance du terrain, son réseau et les moyens du déploiement. 

Ensuite les éditeurs de logiciels métier utilisés par les professionnels italiens, pour que les agences, concessionnaires, chantiers et hôtels puissent diffuser leurs offres sur Ö sans effort, comme nous le faisons déjà en France.  

Enfin, des ambassadeurs qui connaissent leur territoire et sauront porter l’esprit de Ö, région par région et un plan marketing et communication adapté. 

Ö s’est construit jusqu’ici sans ouvrir son capital. Si nous le faisons un jour, notre ambition est que ce soit en Italie, pour donner à ce déploiement les moyens d’aller vite. 

Aux entrepreneurs, investisseurs et professionnels italiens, je dis simplement : construisons Ö Italie ensemble. 

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Laura Déon est une entrepreneure, fondatrice et créatrice internationale.
Club Italie-France: Affaires Internationales -Cindy Passaretta - Responsabile Comunicazione - Team
Interview réalisée par
Cindy Passaretta