Alexandra Borchio Fontimp

Club Italie-France : Votre trajectoire vous a conduite du journalisme à la fonction de sénatrice des Alpes-Maritimes, tout en assumant des responsabilités au sein de nombreux conseils et instances. Qu’est-ce qui a motivé votre engagement vers l’action publique ?

Alexandra Borchio Fontimp : Quand j’étais enfant, j’ai toujours souhaité devenir journaliste. La passion pour la politique est venue bien plus tard au gré de rencontres humaines et d’interviews avec des élus locaux engagés pour leur territoire. Cependant, il est vrai que la frontière entre le journalisme et la politique est mince. Ma curiosité m’a toujours poussée à m’intéresser à la société et l’action publique.

Club Italie-France : Quel a été le plus grand défi de votre parcours politique et comment l’avez-vous surmonté ?

Alexandra Borchio Fontimp : Chaque jour est un défi en politique mais je pense que mon plus grand défi a débouché sur mon élection le 27 septembre 2020 en tant que sénatrice des Alpes-Maritimes. Pour y parvenir, j’ai dû travailler dur, m’organiser et je remercie mes proches pour leur soutien sans faille. A ce titre, je me rappellerai toute ma vie lorsque j’ai monté pour la toute première fois les marches de l’escalier d’honneur du Sénat en repensant aux différentes étapes de ma vie m’ayant permis de siéger à 38 ans dans la chambre haute.

Club Italie-France : Vous avez beaucoup oeuvré pour la promotion d’un tourisme durable sur la Côte d’Azur. Quelles mesures concrètes envisagez-vous pour concilier attractivité internationale et préservation des ressources locales, notamment face aux enjeux climatiques actuels ?

Alexandra Borchio Fontimp : A Côte d’Azur France Tourisme nous avons fait le choix de s’engager en faveur d’un tourisme plus respectueux de l’environnement. Pour cela, nous travaillons à lisser les flux de touristes dans le temps et dans l’espace à travers notamment l’organisation d’évènements en dehors de la période estivale. Nous promouvons l’agritourisme et travaillons avec des acteurs de terrain tels que la Chambre d’Agriculture ou le Parc National du Mercantour qui est particulièrement engagé en faveur de la préservation de la faune, de la flore face au réchauffement climatique. Dans le cadre de nos produits « Côte d’Azur France Tourisme », nous favorisons autant que possible par l’intermédiaire de fleurons azuréens les savoir-faire artisanaux et les circuits courts.

Club Italie-France : Les Alpes accueilleront les Jeux olympiques d’hiver 2030, un événement majeur pour la région. Quels sont, selon vous, les principaux défis de cet événement et comment vous y préparez-vous en tant que présidente de Côte d’Azur France Tourisme ?

Alexandra Borchio Fontimp : Nous ne pouvons que nous satisfaire d’accueillir les Jeux Olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes. A l’échelle de Côte d’Azur France Tourisme, nous sommes très fiers de cet évènement qui permettra de déconstruire les préjugés selon lesquels notre territoire ne se compose que de plages. A contrario, avec un ensoleillement exceptionnel et une large palette d’activités – ski alpin, ski nordique, raquettes, tyrolienne, luge… – le massif azuréen séduit par la beauté de ses paysages et la richesse de son offre après-ski. Et, depuis six de nos stations, le spectacle unique d’un panorama mer-montagne s’offre aux skieurs : apercevoir la Méditerranée en dévalant les pistes reste une expérience inoubliable ! En ce sens, les Jeux Olympiques sont une formidable opportunité qui conforte notre engagement à moderniser les infrastructures, à favoriser l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, à améliorer les services et répondre aux attentes des passionnés comme aux enjeux environnementaux.

Club Italie-France : En tant que présidente de la commission départementale Éducation, Recherche et Enseignement supérieur Smart Deal et Education, quelles sont vos stratégies pour renforcer l’accès à l’éducation et l’attractivité des formations dans les Alpes-Maritimes ?

Alexandra Borchio Fontimp : En tant que Présidente de la commission Smart Deal et Education au Département des Alpes-Maritimes, je peux vous assurer que notre territoire a la chance d’être très attractif. Que cela soit en termes de métiers ou de formations, les Français n’hésitent pas à poser leur valise pour s’y installer. Avec le Département, nous nous engageons dans les collèges en investissant afin de garantir le meilleur cadre de travail possible à nos élèves. De plus, nous consacrons beaucoup de ressources à la sensibilisation et à la citoyenneté à travers notamment l’existence d’un Conseil Départemental de Jeunes. En témoigne également, les voyages de la mémoire que la collectivité organise à Auschwitz-Birkenau pour sensibiliser les collégiens des classes de 3ème aux horreurs de la Seconde Guerre mondiale et pour les alerter sur les mécanismes de la haine qui, insidieusement, peuvent conduire à l’incommensurable.

Club Italie-France : Comment s’est construite votre collaboration avec l’Université Côte d’Azur et quels sont les atouts d’un tel partenariat ? Prévoyez-vous d’élargir cette coopération à d’autres formations ou domaines en lien avec les besoins territoriaux ?

Alexandra Borchio Fontimp : L’Université Côte d’Azur est un partenaire de choix pour répondre aux besoins territoriaux. En témoigne par exemple, la certification universitaire pour les secrétaires généraux de mairie que j’ai souhaité initier en tant que sénatrice avec le soutien du Département des Alpes-Maritimes. A l’heure où vingt-cinq communes des Alpes-Maritimes se retrouveront sans secrétaire de mairie dans les cinq prochaines années, nous avons combiné dans une formation l’expertise académique et les besoins pratiques de ces agents administratifs, ce qui constitue une première à l’échelle nationale. En tant que Présidente de Côte d’Azur France Tourisme, j’ai également collaboré avec l’Université Côte d’Azur par le biais d’une convention qui vise à développer les filières du tourisme et à former de jeunes étudiants qui travailleront par la suite dans l’objectif de promouvoir notre territoire.

Club Italie-France : Vous avez été membre du Haut Conseil à l’Égalité. Où en est, selon vous, la parité réelle dans la vie politique française et quels leviers doivent encore être activés ?

Alexandra Borchio Fontimp : A l’heure actuelle, uniquement 36% des députés et 36,8% des sénateurs sont des femmes. Ainsi, beaucoup reste à faire. L’étude au Sénat de la loi sur l’égalité salariale et professionnelle de 2021 a démontré que le chemin vers une égalité totale est encore long. Si la loi accorde désormais également et indistinctement les mêmes droits aux femmes et aux hommes, nous constatons, dans la pratique, qu’à poste égal, les femmes gagnent 10,5 % de moins que les hommes ; qu’elles ont 30 % de chances en moins d’être financées par les principaux fonds de capital risque que les hommes ; que seules 4 femmes dirigent une société du CAC 40. Face à ces chiffres, le diagnostic est collectivement partagé : il faut accélérer la participation des femmes au système économique, politique et professionnel. Selon moi, il est important de soutenir et d’encourager les futures générations à s’engager en politique. Je crois qu’en célébrant les succès des femmes élues, nous inspirons d’autres à suivre leurs pas et à contribuer activement à la construction d’un monde plus égalitaire car il est essentiel de lutter contre l’autocensure.

Club Italie-France : Votre ancrage méditerranéen vous place naturellement au carrefour de la culture française et italienne. Comment cet ancrage influence-il votre approche de la coopération transfrontalière et des partenariats bilatéraux entre la Côte d’Azur et l’Italie ?

Alexandra Borchio Fontimp : Fidèle à mes racines méditerranéennes, il est clair que l’Italie dispose dans mon cœur d’une place toute particulière. Mon père étant lui-même italien. L’Italie est cette soeur avec qui nous partageons à la fois les paysages, les traditions ou encore la gastronomie. Avec un territoire frontalier et des communes à l’instar de Menton, il est essentiel d’envisager notre action en lien avec nos partenaires italiens. Je travaille par exemple main dans la main avec la Chambre de Commerce et d’Industrie italienne que j’ai eu plaisir à recevoir au mois de juin au Sénat dans le cadre d’un colloque dédié au tourisme et à l’accessibilité. En effet, notre département par sa géographie et son histoire ne peut vivre en autarcie.

Club Italie-France : Quelles valeurs, héritées de votre famille et de votre double culture italienne et française vous guident encore aujourd’hui ?

Alexandra Borchio Fontimp : Avant toute chose justement : le sens de la famille. Ma famille est un pilier dans mon quotidien. Elle me permet de garder les pieds sur terre et surtout m’offre des moments de bonheur inestimables.

Club Italie-France : Comment cette double appartenance à la France et à l’Italie influence-t-elle votre vision de l’avenir ?

Alexandra Borchio Fontimp : Être liée à deux pays riches en histoire, en art et en pensée politique peut renforcer une sensibilité européenne. Cela ne signifie pas une adhésion aveugle à un projet européen idéalisé, mais plutôt une capacité à comparer, à relativiser, à additionner les forces et à envisager des solutions concrètes fondées sur l’expérience des deux pays. Dans les Alpes-Maritimes, la coopération transfrontalière est basée sur des intérêts mutuels : compétitivité, innovation, emploi local.

Club Italie-France : En termes de développement économique et culturel comment percevez-vous la coopération entre la France et l’Italie ?

Alexandra Borchio Fontimp : La France et l’Italie sont parmi les premiers partenaires commerciaux l’un de l’autre. Des secteurs comme l’automobile (Renault–Fiat), l’aéronautique (Thales–Leonardo), ou encore l’agroalimentaire (Lactalis–Parmalat) illustrent cette interdépendance.

Club Italie-France : Quels leviers européens souhaitez-vous activer pour renforcer le développement économique et touristique de la Côte d’Azur ? Comment le modèle italien peut-il être inspirant ?

Alexandra Borchio Fontimp : L’Union Européenne doit permettre de faciliter les relations entre ses Etats membres. Les fonds européens territoriaux comme le fonds européen de développement (FEDER) peuvent être un levier intéressant pour financer des projets d’innovation, de transition écologique ou d’infrastructures. Nous nous inspirons de l’Italie en matière d’agritourisme et d’oenotourisme, car nous croyons que nos agriculteurs et artisans méritent d’être reconnus pour la qualité de leurs produits locaux.

Club Italie-France : Quels projets concrets pourraient faire de la Côte d’Azur un hub économique et technologique reconnu à l’échelle européenne ?

Alexandra Borchio Fontimp : La Côte d’Azur comprend Sophia-Antipolis qui constitue la première technopole européenne. Pour continuer en ce sens et conserver son rang, notre territoire doit s’intéresser aux progrès technologiques. En investissant des domaines tels que l’intelligence artificielle, le deeplearning ou les cryptomonnaies, nous garantirons notre compétitivité à l’échelle européenne.

Club Italie-France : Quelles initiatives transfrontalières souhaitez-vous renforcer avec l’Italie pour développer des synergies économiques et culturelles ?

Alexandra Borchio Fontimp : Pour renforcer les synergies économiques et culturelles, nous devons continuer à investir la question des transports et plus particulièrement des trains. Je crois par exemple en des projets tel que l’Espresso Riviera porté par la CCI Italienne qui permet de relier Rome à la Côte d’Azur avec des arrêts prévus notamment à Gênes et à Nice. Dans l’attente de l’achèvement des travaux d’électrification et de modernisation de la ligne ferroviaire, qui ne permettent pas encore la mise en place d’un service quotidien structuré, je considère que cette liaison représente une avancée concrète. Elle marque le début d’un projet important, dont l’objectif est de rétablir une vraie continuité entre nos territoires et de favoriser un tourisme durable et harmonieux entre la France et l’Italie.

Club Italie-France : Quel conseil donneriez-vous à une femme qui souhaite s’engager en politique aujourd’hui ?

Alexandra Borchio Fontimp : Même s’il a parfois été difficile de mener de front vie professionnelle et vie personnelle croyez-moi, avec de l’organisation, on peut relever tous les défis. Le tout se résume à oser !

Club Italie-France : Entre la Côte d’Azur et l’Italie, quels sont les lieux ou les traditions qui vous ressourcent le plus ?

Alexandra Borchio Fontimp : Partager avec des amis ou de la famille un plat italien au Cap d’Antibes est probablement une des activités qui me ressource le plus. Quand la gastronomie italienne se combine à l’un des plus beaux caps du monde, que demander de plus ?

Club Italie-France : Quelles sont vos inspirations personnelles sur l’avenir de votre territoire : laisser une trace, agir concrètement, inspirer les autres ?

Alexandra Borchio Fontimp : Mes inspirations personnelles sont simples. Je m’engage chaque jour pour essayer de rendre à mon échelle le monde meilleur. Que cela soit par l’intermédiaire de la politique, en tant que Marraine de l’Association Adrien ou par mon engagement de bénévole à la Croix Rouge, je considère que ma mission est réussie si j’ai pu faciliter ou améliorer le quotidien de mes compatriotes.

Club Italie-France : Si vous deviez décrire l’avenir méditerranéen idéal dans 20 ans, à quoi ressemblerait-il ?

Alexandra Borchio Fontimp : L’authenticité et la prospérité !

Club Italie-France : En rejoignant le Club Italie-France qui place l’innovation et l’excellence au coeur de ses valeurs, quelles connexions ou échanges espérez-vous voir naître de cette rencontre ?

Alexandra Borchio Fontimp : L’innovation est une notion essentielle dans un monde en perpétuel changement. Rencontrer des personnes qui partagent cette vision, c’est déjà faire un pas de plus vers un avenir prometteur.

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Interview du

16 Septembre

Informations

femme politique française
Diplômée d’une Maîtrise en « Sciences de l’Information et de la Communication » et d’un Master II en « Sciences politiques », elle commence sa carrière professionnelle en 2005 en tant que journaliste reporter-rédacteur au sein d’une radio. Rapidement attirée par l’univers politique, elle entre au Conseil Municipal de Vallauris Golfe-Juan comme Conseillère municipale en 2008 avant d’intégrer celui d’Antibes Juan-les-Pins en 2014. En 2015 elle est élue au conseil départemental des Alpes-Maritimes. Poursuivant son accession au niveau local, Alexandra Borchio Fontimp devient ensuite Adjointe au Maire déléguée à l’Economie Locale en mars 2020. Mandat duquel elle devra démissionner lors de son élection au Sénat à l’âge de 38 ans, le 27 septembre de la même année. En 2023 elle est élue secrétaire du Sénat. Parallèlement au mandat de conseillère départementale des Alpes-Maritimes qu’elle exerce depuis 2015, elle assure la Présidence de l’agence d’attractivité « Côte d’Azur France Tourisme » depuis janvier 2022. Tout en étant membre de la Commission de la Culture, de l’Education et de la Communication du Sénat ainsi que de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), les centres d’intérêt et domaines d’interventions de l’élue sont nombreux : éducation, protection des mineurs, innovation en entreprise, tourisme, lutte contre le Cancer, droits des femmes ou encore protection animale. Alexandra Borchio Fontimp est auteur de six propositions de loi, co-auteur d’un rapport d’information sur l’industrie de la pornographie et rapporteur d’une loi visant à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne ainsi qu’un loi visant à conforter la filière cinématographique en France, février 2024. La sénatrice des Alpes-Maritimes s’illustre également sur des sujets de santé publique. En effet, elle est Vice-Présidente de la Commission d'enquête sur la pénurie de médicaments et les choix de l'industrie pharmaceutique française et Vice-Présidente de la Fédération Hospitalière de France. Elle s’est également attelée aux problèmes liés au vapotage chez les jeunes, à l’usage détourné des sachets de nicotine et du protoxyde d’azote ainsi que des violences envers les élus et aux violences routières. C’est pour sa grande maitrise d’un large spectre de sujets, que le Président des Républicains Bruno Retailleau, l’a nommée Porte-Parole du parti en 2025. Le 9 octobre 2024, elle est désignée par la « Commission de la culture et de l’éducation » du Sénat, Rapporteur pour avis des crédits de la Recherche lors de l’examen du budget 2025.
Valérie Sellani
Interview réalisée par
Valérie Sellani