Adriana Abascal
Club Italie-France : Vous avez vécu entre le Mexique, les États-Unis, l’Espagne, Londres, Paris et Los Angeles. Comment ce parcours international a-t-il influencé votre identité personnelle et créative ?
Adriana Abascal : Je suis reconnaissante d’avoir pu grandir et de me construire au contact de cultures, de nationalités et de langues très différentes. Même si mon identité est profondément ancrée dans le Mexique et l’Espagne, elle est aussi marquée par une influence anglo-saxonne et par une dimension très française, puisque je me suis formée dans chacun de ces environnements. Cette richesse multiculturelle est aujourd’hui un véritable atout. Dans un monde de plus en plus global et cosmopolite, elle me permet de m’adapter facilement, de créer des liens naturellement et de me connecter avec des personnes d’horizons très divers.
Club Italie-France : Beaucoup de personnes vous considèrent comme une icône d’élégance. Mais qui est réellement Adriana Abascal loin des projecteurs ?
Adriana Abascal : Je suis très touchée que l’on puisse me percevoir ainsi, mais je crois que tout ce que je sais de l’élégance, je le dois avant tout à ma mère. J’ai eu la chance de grandir auprès d’une femme qui m’a appris qu’il était bien plus important d’avoir du style, de la personnalité et une forme de cohérence entre ce que l’on est et ce que l’on montre, que de chercher à attirer l’attention à tout prix par son apparence. Elle m’a aussi appris que l’élégance va bien au-delà de la mode ou d’un simple look. C’est une manière de parler, de se comporter, de regarder les autres. C’est la grâce, mais aussi l’empathie, la gentillesse et le respect. Pour elle, l’élégance était l’exact opposé de l’arrogance : une forme de douceur, de souplesse et d’assurance tranquille. Cette vision influence profondément tout ce que nous créons aujourd’hui chez Skorpios. Lorsque j’étais jeune mannequin, comme beaucoup de filles de mon âge, je pensais qu’il fallait avant tout être sexy. Avec le temps, j’ai compris qu’il était beaucoup plus intéressant d’être mystérieuse et sensuelle, de suggérer plutôt que de montrer, un peu à l’image du scorpion, qui inspire notre univers. La maturité apporte la confiance en soi. On réalise alors que ce n’est pas la tenue qui vous définit, mais vous qui donnez vie à la tenue. Comme j’aime le dire, ce n’est pas la chaussure qui vous porte, c’est vous qui portez la chaussure.
Club Italie-France : Quels ont été les moments les plus difficiles de votre parcours humain et professionnel, et qu’ont-ils changé dans votre vision de la vie ?
Adriana Abascal : Je crois que ce sont souvent les épreuves qui nous font le plus grandir. On apprend rarement autant dans les périodes de confort que dans les moments de doute ou de difficulté. Ces expériences nous obligent à prendre du recul, à relativiser, à nous remettre en question et parfois à nous réinventer. Au cours de ma vie, j’ai traversé plusieurs épreuves qui m’ont profondément marquée, notamment la perte de ma mère et celle de mon premier mari. Ce sont des blessures qui laissent une empreinte indélébile. Ma mère était aussi ma meilleure amie, nous étions extrêmement proches et elle me manquera toute ma vie. Mais ces moments font aussi partie du parcours humain. Ils nous confrontent à l’essentiel, nous rappellent ce qui compte vraiment et nous obligent, d’une certaine manière, à grandir plus vite. La plus grande leçon que j’ai tirée de ces épreuves est que l’important n’est pas tant ce qui nous arrive que la manière dont nous choisissons d’y répondre. Dans les moments difficiles, il faut apprendre à gérer l’angoisse, l’incertitude et parfois la peur. Cela demande beaucoup de force intérieure, mais aussi la capacité de prendre du recul pour voir la situation avec plus de clarté. Et s’il y a une autre chose que j’ai apprise, c’est qu’aucune réussite et aucune reconstruction ne se font seule. Dans ces périodes-là, l’entourage est essentiel. J’ai eu la chance d’être entourée d’amies extraordinaires et de personnes qui m’ont toujours soutenue et donné la force d’avancer. Leur présence m’a rappelé que la résilience n’est pas seulement une qualité individuelle, elle se nourrit aussi de l’amour, de l’amitié et des liens que l’on construit tout au long de sa vie.
Club Italie-France : À quel moment avez-vous compris que vous souhaitiez transformer votre univers esthétique en véritable projet entrepreneurial ?
Adriana Abascal : La mode a toujours fait partie de mon monde. J’ai grandi dans cet environnement, et depuis aussi longtemps que je me souvienne, elle a été une véritable passion. Mais à un moment de ma vie, j’ai ressenti le besoin de créer quelque chose qui m’appartienne pleinement, de donner une forme concrète à ma propre vision. J’ai alors commencé à me poser une question très simple, qu’est-ce que je pouvais apporter de différent à un secteur aussi riche et compétitif ? Pour y répondre, je suis partie de mes propres besoins et de ceux des femmes qui me ressemblent. Je pensais à ces femmes recherchant l’élégance sans renoncer à leur singularité. Des femmes qui ont du style mais qui ne se sentent pas obligées de suivre chaque tendance ou de porter l’accessoire que tout le monde s’arrache à un instant donné. Elles privilégient l’intemporel à l’éphémère, l’authenticité à l’effet de mode. J’ai voulu créer pour elles des pièces qui incarnent cette idée, des pièces désirables, raffinés, avec une personnalité forte, que l’on garde longtemps et qui racontent une histoire. C’est ainsi que l’idée de Skorpios a commencé à prendre forme. Je ne voulais pas créer une simple Maison, mais un univers à part entière, porteur d’un art de vivre et d’une certaine vision de la féminité.
Club Italie-France : Maison Skorpios incarne une vision très forte de la féminité contemporaine. Comment définiriez-vous aujourd’hui la femme Skorpios ?
Adriana Abascal : La femme Skorpios est avant tout une femme de son temps. Une femme forte et indépendante, qui connaît sa valeur et qui n’a rien à prouver. Elle est ambitieuse, libre dans ses choix, mais elle n’a jamais ressenti le besoin de sacrifier sa féminité pour affirmer sa force. Au contraire, elle assume toutes les facettes de sa personnalité, sa détermination comme sa sensibilité, son assurance comme sa vulnérabilité. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut. Elle privilégie la qualité à la quantité, l’authenticité aux effets de mode et l’excellence à l’ostentation. Elle est attentive aux détails, aux savoir-faire et aux objets qui ont une âme. Elle ne cherche pas à suivre les tendances, elle préfère construire un style qui lui ressemble et qui traverse le temps. Les femmes qui m’inspirent depuis toujours, Grace Kelly, Jackie Kennedy Onassis, Carolyn Bessette-Kennedy ou encore Jane Birkin, avaient toutes cette capacité extraordinaire à exprimer beaucoup avec très peu. La mode était pour elles un langage, une manière de communiquer qui elles étaient, sans jamais avoir besoin d’en faire trop. La femme Skorpios possède cette même présence. Elle entre dans une pièce et on la remarque, non pas parce qu’elle cherche à attirer l’attention, mais parce qu’elle dégage quelque chose de singulier. Une confiance naturelle, une élégance instinctive et une certaine forme de mystère.
Club Italie-France : Le nom « Skorpios » évoque la force, le mystère et le caractère. Que représente-t-il symboliquement pour vous ?
Adriana Abascal : Skorpios représente beaucoup de choses pour moi. Aujourd’hui, après toutes ces années, ce n’est plus seulement un nom ou une marque, c’est presque un être vivant, avec sa propre personnalité, son univers et son identité. À l’origine, le nom est né de plusieurs inspirations qui me sont très personnelles. Il y a bien sûr l’île grecque de Skorpios, associée à Jackie O, qui a toujours été l’une de mes plus grandes sources d’inspiration. Il y a aussi une dimension plus intime, je suis née sous le signe du Scorpion. D’une certaine manière, Skorpios est devenu une extension de moi-même, une façon d’exprimer certaines valeurs et certains traits de caractère qui me parlent depuis toujours. Le scorpion est un symbole fascinant. C’est un animal mystérieux, résilient, capable de s’adapter à des environnements très différents et de se réinventer constamment. Il possède une force intérieure remarquable, mais aussi une part d’énigme qui le rend unique. Je crois que le mystère et la force sont deux qualités particulièrement séduisantes chez une femme. Une femme n’a pas besoin de tout dévoiler pour être remarquée. Il y a quelque chose de très puissant dans la confiance en soi, dans la capacité à rester fidèle à sa personnalité tout en continuant à évoluer. C’est cet équilibre entre caractère et sensibilité, entre puissance et élégance, que j’ai voulu insuffler à Skorpios. Et c’est aussi ce que j’espère transmettre aux femmes qui portent nos créations : le sentiment d’être elles-mêmes, pleinement, avec assurance, liberté et singularité.
Club Italie-France : Pourquoi avoir choisi l’Italie pour la fabrication des collections Maison Skorpios ?
Adriana Abascal : Parce que l’Italie le vrai savoir-faire et l’excellence notamment sur la maroquinerie et le cuir. Et on avait compris qu’on voulait que ce corps soit une marque d’excellence de luxe et que ça Soit le bottier et la marque de chaussures par excellence du même niveau les plus grandes maisons de luxe.
Club Italie-France : Selon vous, qu’est-ce qui distingue le savoir-faire artisanal italien dans l’univers du luxe international ?
Adriana Abascal : Ce qui distingue le savoir-faire italien, c’est avant tout sa transmission. Derrière chaque chaussure, chaque talon, chaque pièce de cuir, il y a souvent des familles qui exercent le même métier depuis plusieurs générations. Nous travaillons avec des ateliers où certains savoir-faire se transmettent depuis cinq générations. Il existe des spécialistes pour chaque étape de fabrication : le travail du cuir, le montage, la réalisation des talons, les finitions ou encore les traitements spécifiques des matières. Cette expertise est le fruit d’années de pratique et d’un héritage précieux que ces artisans entretiennent avec une immense fierté. Ce qui me touche particulièrement, c’est que ce savoir-faire n’est pas figé. Les artisans italiens respectent profondément les traditions tout en restant capables d’innover et d’évoluer. Ils maîtrisent parfaitement leur métier parce qu’ils ont grandi dans cet univers. Dans le luxe, on parle souvent de qualité, mais la véritable différence se trouve dans la main qui crée l’objet. Cette maîtrise du geste, cette exigence et cette transmission intergénérationnelle sont, selon moi, ce qui rend le savoir-faire italien unique dans le monde.
Club Italie-France : Vous associez souvent élégance et confort. Pensez-vous que le luxe contemporain doive évoluer vers une nouvelle idée du bien-être ?
Adriana Abascal : Absolument. Et lorsqu’il s’agit de chaussures, le confort n’est certainement pas négociable. Pendant longtemps dans l’univers de la mode, on a parfois opposé l’esthétique au confort, comme s’il fallait choisir entre les deux. Je pense au contraire que le véritable luxe aujourd’hui réside dans leur parfaite harmonie. L’élégance ne peut être authentique que lorsqu’elle paraît naturelle. Et pour qu’elle soit naturelle, il faut se sentir bien. Lorsque l’on porte une paire de chaussures inconfortable, on pense à ses pieds, à sa démarche, à son inconfort. À l’inverse, lorsqu’une pièce est parfaitement conçue, elle disparaît presque, elle devient une extension de soi. Le confort apporte quelque chose de fondamental : la liberté de bouger, de vivre pleinement sa journée, mais aussi la liberté d’être soi-même. Et cette liberté nourrit la confiance en soi, qui est sans doute la plus belle forme d’élégance. Chez Skorpios, nous avons toujours considéré que le luxe ne devait pas être synonyme de contrainte. Une belle chaussure doit être désirable, bien sûr, mais elle doit aussi accompagner la femme qui la porte dans sa vie réelle.
Club Italie-France : Votre univers semble mêler sensualité latino-américaine, raffinement français et savoir-faire italien. Quelle importance accordez-vous aujourd’hui au dialogue culturel dans la création ?
Adriana Abascal : Le dialogue culturel est au cœur de tout ce que nous créons chez Maison Skorpios. C’est même, d’une certaine manière, l’ADN de la Maison. J’ai eu la chance de grandir et de me construire entre plusieurs cultures, et cette richesse nourrit naturellement ma vision créative. On retrouve d’abord la chaleur, l’intensité et la sensualité du Mexique, avec ses couleurs vibrantes, son lien profond à la nature. Il y a aussi l’influence de l’Espagne, à travers sa passion, son héritage artistique, sa culture de la musique et de la danse, cette féminité solaire, assumée et profondément séduisante. La France apporte quant à elle une forme de sophistication et d’élégance intemporelle. J’ai toujours admiré sa culture, sa littérature, son sens du style et cette capacité unique à faire paraître le raffinement naturel et sans effort. Et puis il y a l’Italie, avec son extraordinaire héritage artistique, son sens de la beauté, son artisanat et cette créativité qui traverse les siècles, de la Renaissance au design contemporain. Je crois profondément que la création s’enrichit lorsqu’elle s’ouvre au monde. Les cultures ne s’opposent pas, elles se complètent. Chez Maison Skorpios, nous cherchons justement à créer cet équilibre : une Maison cosmopolite, profondément européenne dans son savoir-faire, mais ouverte aux influences, aux voyages et aux émotions qui naissent de la rencontre entre différents horizons. Au fond, Maison Skorpios est le reflet de mon propre parcours, un univers où plusieurs identités coexistent et où chacune apporte sa couleur, sa sensibilité et sa beauté.
Club Italie-France : Paris est devenue votre ville d’adoption. Que représente la France dans votre parcours personnel et professionnel ?
Adriana Abascal : Je n’aurais jamais imaginé dire cela un jour, mais après dix-sept ans passés ici, je crois que je suis devenue un peu française moi aussi. La France est un pays qui m’a accueillie, adoptée et énormément apporté, tant sur le plan personnel que professionnel. C’est ici que j’ai vécu certaines des étapes les plus importantes de ma vie. J’y ai beaucoup appris, je m’y suis construite, j’y ai rencontré des personnes extraordinaires et tissé des amitiés précieuses qui font aujourd’hui partie de mon histoire. Mes enfants ont grandi à Paris, et cette ville sera toujours l’un de mes foyers. Paris m’a offert bien plus qu’un lieu de vie : une ouverture intellectuelle, une sensibilité culturelle et une certaine vision de l’élégance qui ont profondément influencé mon parcours. Je me souviens d’un moment très révélateur. Après un voyage, lorsque l’avion atterrissait à Paris et que j’entendais à nouveau parler français autour de moi, je ressentais immédiatement un sentiment de soulagement et de bonheur. Cette sensation très simple, celle de rentrer chez soi. C’est à ce moment-là que j’ai compris que la France n’était plus seulement le pays dans lequel je vivais, mais qu’elle était devenue une partie de moi. Aujourd’hui, je me sens profondément attachée à cette culture, à ses valeurs, à son amour de l’art, de la pensée et de la beauté. La France occupe une place essentielle dans mon identité, au même titre que le Mexique et l’Espagne.
Club Italie-France : Et que représente l’Italie dans votre imaginaire créatif et émotionnel ?
Adriana Abascal : L’Italie représente pour moi une source d’inspiration permanente. C’est un pays où la beauté fait naturellement partie du quotidien, que ce soit à travers l’art, l’architecture, la mode ou simplement l’art de vivre. Au départ, c’était une destination de vacances, aujourd’hui, c’est aussi un lieu de travail où je passe beaucoup de temps avec nos artisans et nos partenaires. J’aime cette capacité qu’ont les Italiens à allier excellence et convivialité. Même dans le travail, il y a toujours de la chaleur humaine, de la générosité et un véritable plaisir de partager.
Club Italie-France : Vous évoluez depuis des années dans des univers liés à la mode, à l’art, à la culture et aux affaires. Quelle place occupe aujourd’hui le prestige dans les relations humaines et économiques ?
Adriana Abascal : Je crois que le véritable prestige aujourd’hui ne se mesure plus seulement au statut ou à la réussite. Il réside surtout dans la qualité des échanges, des rencontres et des idées que l’on partage. Dans les univers de la mode, de l’art ou de l’entrepreneuriat, les relations humaines sont essentielles. Rien ne se construit seul. Chaque projet naît de collaborations, de dialogues, d’inspirations et de regards différents qui viennent enrichir notre vision. J’ai toujours considéré que le privilège le plus précieux était de pouvoir rencontrer des personnes talentueuses, passionnées et inspirantes. Ces échanges nous font grandir, nous ouvrent à d’autres cultures, à d’autres sensibilités et nous permettent d’évoluer en permanence. Au fond, je considère que cette richesse humaine est une véritable école. C’est souvent à travers les rencontres, bien plus que dans les livres ou les salles de classe, que l’on apprend les leçons les plus importantes sur la création, le leadership et la vie.
Club Italie-France : Selon vous, le luxe est-il uniquement une question d’esthétique ou peut-il devenir une forme de langage culturel et de diplomatie contemporaine ?
Adriana Abascal : Absolument. Le luxe est bien sûr une question d’esthétique, de qualité, de savoir-faire et d’exclusivité. Mais il va bien au-delà de cela. Pour moi, le luxe est aussi un langage culturel. Il raconte une histoire, transmet un héritage et reflète une certaine vision du monde. À travers un objet, une Maison ou un artisanat d’exception, on découvre aussi une culture et des valeurs. Avec le temps, j’ai également compris que les plus grands luxes ne sont pas toujours matériels. La santé, le temps, l’amour, la paix intérieure ou les expériences partagées sont des richesses inestimables.
Club Italie-France : Vous avez travaillé dans la télévision, la communication, la mode et l’édition. Quel fil conducteur relie toutes ces expériences ?
Adriana Abascal : Je crois que le fil conducteur de toutes ces expériences est la voix. La télévision, la communication, l’édition ou la mode sont des univers très différents en apparence, mais ils ont tous un point commun : ils permettent de s’exprimer, de transmettre une vision et de raconter une histoire. J’ai toujours eu un immense respect pour les médias et la communication, parce que j’ai compris très tôt qu’il existe énormément de personnes talentueuses dans le monde. Pourtant, tout le monde n’a pas forcément l’opportunité ou la plateforme pour faire entendre sa voix. Que ce soit à la télévision, dans la presse ou aujourd’hui à travers Maison Skorpios, ce qui m’a toujours intéressée, c’est cette capacité à créer une conversation, à partager des idées, des émotions et une certaine vision du monde. Aujourd’hui encore, malgré toutes les technologies qui nous connectent, je pense que la communication reste l’un des plus grands défis de notre époque. Nous sommes connectés en permanence, mais nous ne nous comprenons pas toujours mieux. Chez Skorpios, nous accordons donc beaucoup d’importance à la communication, en interne comme en externe. Une marque doit avoir une voix claire, authentique et cohérente. C’est cette voix qui lui permet de créer du lien, de transmettre ses valeurs et de fédérer une communauté autour d’un projet commun.
Club Italie-France : Quel rôle les femmes entrepreneures peuvent-elles jouer aujourd’hui dans la redéfinition des codes du luxe international ?
Adriana Abascal : Je pense que les femmes entrepreneures ont aujourd’hui un rôle important à jouer dans l’évolution du luxe, elles apportent une perspective différente, nourrie par leur propre expérience. Dans mon cas, Skorpios est née de mes propres besoins et de ceux des femmes qui m’entourent. Je crée pour des femmes dont je comprends les attentes, les envies et les contraintes, parce que je les partage moi-même. Nous portons nos créations, nous les testons, nous les vivons au quotidien. C’est une approche très instinctive et très sincère. Les femmes d’aujourd’hui recherchent bien plus qu’un bel objet. Elles veulent des pièces qui les accompagnent dans leur vie, qui leur donnent confiance, qui allient élégance, confort et personnalité. Je crois que les femmes entrepreneures contribuent à faire évoluer le luxe vers quelque chose de plus proche de la réalité des femmes, plus intuitif, plus émotionnel et plus authentique. Elles apportent une vision qui ne s’intéresse pas seulement au produit, mais aussi à l’expérience qu’il procure et à la façon dont il accompagne celles qui le portent.
Club Italie-France : Dans un monde dominé par la vitesse et les réseaux sociaux, comment construit-on une véritable élégance intérieure ?
Adriana Abascal : Je pense que l’élégance intérieure commence par l’éducation, celle que l’on reçoit dans son enfance, mais aussi celle que l’on construit soi-même tout au long de sa vie. Elle ne se construit pas en quelques secondes, elle se nourrit de lectures, de rencontres, de curiosité, de culture et d’expériences de vie. Avec le temps, on comprend que l’élégance ne réside pas seulement dans ce que l’on porte, mais dans la manière dont on traite les autres, dont on se comporte, dont on écoute et dont on évolue. Je crois aussi que l’élégance intérieure vient de la confiance en soi. Une confiance sereine, qui n’a pas besoin de s’imposer ou de se montrer constamment. C’est quelque chose qui se construit avec les années, les réussites mais aussi les épreuves.
Club Italie-France : Quelles sont aujourd’hui vos principales sources d’inspiration artistiques et culturelles ?
Adriana Abascal : Je n’ai pas de règles. Mes inspirations peuvent venir de plusieurs choses : un film, un tableau, une chanson, une femme, un lieu, un détail architectural ou même d’une lumière particulière à un moment de la journée. J’adore observer le monde qui m’entoure. La mer, les voyages, les bateaux, les paysages sont également des sources d’inspiration constantes pour moi. Je crois que la créativité naît avant tout de la curiosité. Lorsque l’on prend le temps d’observer, de regarder et de ressentir, les idées viennent naturellement. Ensuite, bien sûr, il y a tout un travail d’édition, certaines idées restent, d’autres disparaissent. Mais c’est ce processus qui permet de créer quelque chose de sincère et de différent. Au fond, mon inspiration vient de la vie elle-même. Il suffit de rester ouverte aux émotions, aux rencontres et à la beauté qui nous entoure.
Club Italie-France : un artiste ou un lieu italien qui peuvent être source d’inspiration ?
Adriana Abascal : Leonardo da Vinci.
Club Italie-France : Quelle est la plus grande ambition que vous souhaitez transmettre à travers Maison Skorpios et votre parcours personnel ?
Adriana Abascal : La plus grande ambition que j’ai pour Maison Skorpios est tout simplement d’accompagner les femmes dans leur parcours et de leur donner confiance en elles. J’aime l’idée que les femmes qui portent nos créations deviennent peu à peu des « Skorpios Women » : des femmes qui assument leur personnalité, prennent leur place dans le monde et avancent avec assurance. Cela peut sembler symbolique, mais je crois profondément qu’une pièce que l’on aime et dans lequel on se sent bien peut avoir un véritable impact sur la façon dont on se perçoit. Je pense souvent à ce conte de Cendrillon, toute son histoire bascule lorsqu’elle trouve la chaussure qui lui correspond. Bien sûr, c’est une image, mais il y a quelque chose de très vrai derrière cela. Nous avons toutes connu ce moment où nous trouvons une pièce qui nous va parfaitement et qui nous fait nous sentir plus fortes, plus élégantes, plus confiantes. Mon souhait est que Maison Skorpios continue d’évoluer main dans la main avec les femmes contemporaines, en les accompagnant à chaque étape de leur vie. Et si nos créations peuvent leur apporter un peu de confiance, de plaisir et de liberté, alors j’aurai atteint mon objectif.
Club Italie-France : Le Club Italie-France œuvre à créer des ponts entre les excellences italiennes et françaises dans les domaines de l’économie, de la culture et de la diplomatie relationnelle. Quelle valeur attribuez-vous aujourd’hui à ces connexions internationales entre talents, cultures et visions du monde ?
Adriana Abascal : Je crois profondément que nous sommes toujours plus forts lorsque nous travaillons ensemble. Les échanges entre les cultures, les talents et les savoir-faire sont une formidable source d’enrichissement, tant sur le plan humain que professionnel. La France et l’Italie possèdent chacune une identité très forte, une histoire exceptionnelle et des domaines d’excellence qui leur sont propres. Mais elles partagent aussi de nombreuses valeurs : l’amour de la culture, de la création, du beau et du savoir-faire. Depuis des siècles, leurs histoires se croisent, s’influencent et se nourrissent mutuellement. Dans mon univers, il est d’ailleurs difficile d’imaginer la mode et le luxe sans ce dialogue permanent entre la France et l’Italie. La France apporte une vision unique de l’élégance, du style et du rayonnement culturel, l’Italie apporte un savoir-faire artisanal exceptionnel et une forte créativité. Ensemble, elles forment un tandem incomparable. C’est pourquoi je considère que ces ponts entre les pays, les cultures et les visions du monde sont plus précieux que jamais. Ils nous permettent d’apprendre les uns des autres, de préserver nos identités tout en construisant quelque chose de plus grand ensemble.
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Interview du
09 June
Informations
Adriana Abascal est mannequin, collectionneuse d’art, entrepreneure et créatrice internationale.


