Philippe Couperie-Eiffel - Personalità Club Italie-France

Philippe Couperie-Eiffel

Club Italie-France : Vous êtes l’auteur du livre « Eiffel pour Eiffel » sorti pour le centenaire de la disparition de Gustave Eiffel (2023). Que peut-on découvrir dans votre livre sur votre ancêtre ?

Philippe Coupérie-Eiffel : Écrit à l’occasion du centenaire de sa mort, célébrée officiellement par notre pays, le livre « Eiffel par Eiffel » est un rappel, avec l’appui des très nombreuses et inédites archives familiales, de la vie et de l’œuvre de l’ingénieur Gustave Eiffel. On découvre que Gustave Eiffel n’était pas très bon élève dans les petites classes, qu’il venait d’une famille matriarcale. Sa mère travaillait et gérait son entreprise de charbon, sa grand-mère le gardait, sa sœur Marie et sa petite nièce Alice ont été le berceau de son enfance. Plus tard, sa fille aînée Claire sera sa plus grande confidente. Entouré de ces personnes à une époque où il était rare de voir ces femmes de pouvoir, il a gardé une très grande reconnaissance du rôle de ces femmes et de la femme en général. Ainsi, veuf très jeune, il s’est rapproché de ses 3 filles en particulier. Il en était plus proche que de ses 2 garçons.

Je rappelle, dans ce livre, que Gustave a écrit son histoire lui-même dans une biographie industrielle et scientifique inédite, dont j’ai la chance d’avoir un original, écrit de sa main, et remis le 23 septembre 1923 à sa fille Valentine. Il raconte sa vie, ses premières réalisations et constructions, ses recherches scientifiques (météo, radio, aérodynamique expérimentale), mais aussi ses visions et ses rencontres qui vont dessiner un grand destin.

« Eiffel par Eiffel », c’est Eiffel par lui-même, mais aussi vu par un membre de sa famille. De l’intérieur de notre famille nous avons vécu diverses différentes sensations extraordinaires car après l’affaire de Panama la famille devenue riche est restée discrète, comme si « la Tour nous faisait assez de publicité », c’est ce que disait mon arrière-grand-mère. Valentine Eiffel, la fille cadette de Gustave, que j’aimais beaucoup, et que j’ai bien connue jusqu’à mon adolescence, a eu deux fils.  L’un d’eux, Marcel Piccioni-Eiffel, fut attaché d’Ambassade à Rome de 1934 à 1938 et en 1950. Dans ses archives, de nombreux albums et carnets de voyage relatant cette époque ont souvent attiré mon attention. L’Italie, Rome, et ses alentours demeuraient des sujets de conversation dans notre famille. Pour mon oncle Marcel, l’Italie et son art de vivre étaient bien supérieurs à la France. Valentine est inhumée à Pino, dans un tombeau majestueux qui rappelle les petits palais italiens.

Club Italie-France : Gustave Eiffel n’était pas seulement un grand ingénieur, mais aussi un visionnaire et un grand chef d’entreprise qui a marqué son époque mais aussi celles futures. Qu’est-ce que vous pouvez nous raconter sur lui ?

Philippe Coupérie-Eiffel : Le style Eiffel est reconnaissable. Dans mon livre paru chez Michel Lafon, j’ai mis des photos souvent inédites des ouvrages majeurs. On reconnait bien le travail du constructeur audacieux dans la structure de la statue de la Liberté ou dans l’arche gigantesque du viaduc de Garabit. Le viaduc de Garabit « le plus grand pont du monde à l’époque dans le Cantal », permit à l’Ingénieur de démontrer la qualité et la beauté des constructions en fer. Le grandiose et le monumental ont marqué le public et le monde à cette occasion. Gustave a communiqué sur ces dimensions. Dès 1885, les dés sont jetés. Garabit annonce la Tour. Avec les mêmes équipes, Gustave Eiffel s’engage, dès 1887, dans la construction du plus haut monument du monde qu’il terminera en son nom propre et à ses frais pour 80 % en 2 ans et 2 mois. Son entreprise des ateliers Eiffel sous-traite le chantier de l’homme. C’est peu banal… Elle sera inaugurée le 31 mars 1889, pour l’exposition universelle de Paris. La Tour demeure son œuvre majeure et qui fait connaître l’homme. Il dira : « je suis jaloux de cette tour qui est plus célèbre que moi. »

Club Italie-France : Gustave Eiffel a marqué de son style les quatre coins du monde. Le pont sur le Douro au Portugal, le viaduc de Garabit, la gare de Budapest, la poste de Saïgon, et même l’ossature de la statue de la Liberté ne sont que quelques exemples parmi plus de 300 réalisations magistrales. Quelle œuvre vous inspire le plus ?

Philippe Coupérie-Eiffel : Pour ma part, l’œuvre qui m’inspire le plus est Garabit, ses dimensions, les courbures et les arches préfigurent la Tour. Il prépare avec ce gigantesque chantier l’opinion pour pouvoir installer sur le Champs de Mars son œuvre majeure à Paris. Je voudrais aussi dire toute l’inventivité de Gustave et de ses ingénieurs maisons, il invente les constructions en kit et envoie des pièces de fers aux quatre coins du monde pour assembler des ponts, des dômes, des gares ou des bâtiments religieux, églises et synagogues… Il a ainsi pu laisser ses traces sur tous les continents. Son œuvre scientifique sur l’aviation naissante est assez peu connue : il invente, fabrique et fait voler pourtant l’ancêtre de l’avion de chasse moderne : le premier avion à ailes basses est né… c’est alors l’avion le plus rapide du monde.

Club Italie-France : Quelles actions recommanderiez-vous aux pouvoirs publics pour continuer à protéger, valoriser et transmettre l’héritage de Gustave Eiffel aux générations futures ?

Philippe Coupérie-Eiffel : Il me semble que la reconnaissance de l’UNESCO lors du Centenaire de la mort de G. Eiffel est un moteur favorisant la valorisation du travail du grand Homme. Il est important que la Tour soit entretenue selon les prescriptions de l’ingénieur, Gustave disait que l’entretien tous les 7 ans était primordial. Ce symbole français mérite aussi selon moi une participation dans les pouvoirs publics. Un classement aux monuments historiques serait appréciable pour aider à conserver ce monument pour les générations futures. Pour l’homme et la transmission de ses savoirs et inventions, un musée est souhaitable. Je m’emploie depuis des années à trouver un lieu. Il faut y associer ses contemporains : Thomas Edison, Samuel Morse, Léon Foucault, Graham Bell, Orvil et Wilburg Wright, Santos Dumont, sans oublier Léonard de Vinci, génie sans frontières, qui 4 siècles plus tôt a posé les bases de notre société moderne par ses dessins futuristes… au milieu de tant d’œuvres magistrales.

Club Italie-France : Une des vôtres autres activités s’identifient dans la production du vin. Comment est née cette passion ? 

Philippe Coupérie-Eiffel : C’est en 1989 que j’ai débuté un partenariat avec la famille Techeney, qui avait racheté en 1970 l’ancien vignoble acquis en 1893 par Gustave Eiffel pour son fils Edouard à Bordeaux. Baptisé Domaine Gustave Eiffel, ce vin a obtenu plusieurs médailles d’or aux dégustations lors de salons vinicoles. Ayant souvent été dans cette propriété qui appartenait à moitié à mon grand-père Jean Piccioni-Eiffel, j’en ai gardé une bonne mémoire et un excellent souvenir. Mais ce sont souvent les chevaux de sport qui ont occupé une grande partie de mes activités sur une autre propriété près de Bordeaux. Aujourd’hui je poursuis la production de vins et de champagne sous le même nom, et ceci sans interruption depuis 1989, avec une production modeste, en souvenir de cette mémoire familiale.

Club Italie-France : La France et l’Italie partagent beaucoup de points en commun : histoire, culture, art de vivre et bien évidemment les bons vins. Qu’est-ce que vous aimez de l’Italie ?

Philippe Coupérie-Eiffel : Pour ma part, marqué par la particularité familiale de l’oncle Marcel Piccioni Eiffel, diplomate français à Rome, j’ai toujours été attiré par l’Italie, sa langue, même si je ne la parle pas, avec ses sonorités. Et puis ma famille corse, les Piccioni, installés dans le Cap Corse depuis le XVe siècle, ont reçu des influences italiennes. Gênes et la Corse, c’est aussi une longue histoire. Valentine Eiffel repose dans son petit palais au bord de la mer Méditerranée. J’aime l’ambiance italienne faite d’élégance, sa simple légèreté humaine et sa grande culture.

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Interviews du

8 Avril

Informations

le descendant direct de Gustave Eiffel
Il est aujourd’hui le plus ardent défenseur de la mémoire de son ancêtre, et il en est fier
Giovanni D’Avanzo - Club Italie-France - Team
Interview réalisée par
Giovanni D’Avanzo