Manuel Collas de La Roche

Club Italie-France : Vous avez commencé votre parcours spirituel en adolescence. Comment cette expérience a-t-elle influencé votre engagement actuel en tant que Président et fondateur du Better World Fund ?

Manuel Collas de la Roche : Ma jeunesse a été marquée par une quête spirituelle intense, j’ai cherché à explorer au-delà des croyances catholiques avec lesquelles j’ai été élevé pour atteindre une compréhension plus profonde de la spiritualité et de la vie. Au cours de mes nombreuses années passées à l’étranger, j’ai passé 3 années de ma vie dans un temple bouddhiste, ce qui m’a offert une perspective unique sur l’importance de la compassion et de l’empathie envers autrui. Ce n’était pas seulement un voyage intérieur, mais une ouverture sur le monde, apprenant que le respect, la bienveillance, et l’amour peuvent transformer la société. Ces leçons sont devenues le socle sur lequel le Better World Fund a été fondé. L’idée que l’amour et le respect mutuel entre les individus peuvent être la clé pour résoudre de nombreux conflits. C’est ce qui m’a poussé à créer une organisation qui promeut ces valeurs à travers des actions humanitaires.

Club Italie-France : Vous êtes sensible à la culture, et notamment au septième art. Dans quelle mesure votre amour pour le cinéma et la mode a-t-il motivé votre message de paix à travers le programme d’événements du Better World Fund ?

Manuel Collas de la Roche : En 2002, je me suis lancé dans la production cinématographique à la suite d’une rencontre exceptionnelle avec la figure spirituelle indienne Mata Amritanadamayi plus connue sous le nom d’Amma, elle est à la tête de l’ONG « Embracing The World » (ETW), une organisation humanitaire internationale. Lors de la venue d’Amma en France à l’occasion de sa tournée mondiale, le réalisateur Jan Kounen et moi-même, nous lui avons proposé de faire un film sur sa vie, ce qu’elle a accepté avec enthousiasme.

J’ai alors fondé ma société de production pour financer le film et dès 2003 avec Jan Kounen, nous avons commencé le tournage en Inde que l’on a nommé “Darshan”. Une expérience inoubliable.

Le film est sorti en 2005, il a été sélectionné au Festival de Cannes en sélection Officielle “Hors Compétition’’ la même année. Une récompense qui m’a ouvert de nombreuses portes, dont Sharon Stone. Je l’ai rencontrée plus tard à son domicile à Los Angeles où elle organisait une projection du film Darshan. J’y ai donc été invité en présence d’autres personnalités du cinéma. Et c’est grâce au soutien de Sharon Stone, d’Aileen Getty et de Forest Whitaker, que nous avons pu lancer en 2016 la première édition du Better World Fund sous le Haut Patronage de l’Unesco. En lien avec l’Art cinématographique, cela nous semblait naturel de l’organiser pendant le Festival de Cannes.

C’est ainsi que le cinéma m’a amené à créer le Better World Fund. Et c’est aussi le 7e art qui m’a ouvert au monde et aux autres. Dès l’âge de 19 ans, j’ai vécu en Australie, où j’ai suivi une formation d’acteur avec le National Institute of Arts de Sydney, puis j’ai eu l’opportunité d’être représenté par l’agence June Cann Management. J’ai joué dans le film “The Lizard King avec Marie Christine Barrault dans le rôle de son fils, puis aux côtés de Barbara Carrera aux Îles Fidji et au Théâtre avec Lauren Bacall. J’ai tourné dans des publicités entre autres avec Peter Weir pour le cinéma et la télévision.

J’ai également travaillé en tant que mannequin pour l’agence Élite au Japon, à Hong Kong, Singapour,Taïwan et à Tokyo. Ce furent des expériences incroyables et formatrices. Une ouverture sur le monde et sur la diversité des cultures. Des expériences qui ont de toute évidence contribué à la nature internationale du Better World Fund.

Club Italie-France : Quels sont les principaux objectifs du Better World Fund en tant que fondation influente ? Comment envisagez-vous concrètement de transformer l’engagement mondial pour les objectifs de développement durable ?

Manuel Collas de la Roche : Le Better World Fund vise à éveiller les consciences et à encourager une action mondiale en faveur de différentes causes sociales et humanitaires à travers une série d’initiatives culturelles et artistiques.

En mettant l’accent sur le cinéma et les arts visuels, nous cherchons à mettre en lumière les défis urgents auxquels notre monde est confronté, tout en célébrant ceux qui travaillent à créer un avenir meilleur. C’est pourquoi nous organisons des événements qui combinent l’art, les débats, et l’action philanthropique, avec l’objectif de créer un mouvement global qui favorise la diversité, le Droit des femmes, l’égalité des genres et l’éducation.

Notre approche est de collaborer avec des communautés, des artistes, et des leaders d’opinion pour amplifier notre message et encourager chacun à prendre part à la construction d’un monde plus juste et durable.

Club Italie-France : Comment la Better World Fund a-t-elle évolué depuis sa création et quels sont les endroits clés où elle organise des événements ?

Manuel Collas de la Roche : Depuis notre première édition en 2016 à l’occasion du Festival de Cannes, le Better World Fund a connu une évolution remarquable, s’étendant à une série d’événements internationaux prestigieux qui ont servi de catalyseurs pour les causes que nous soutenons.

Cannes, Dubaï, New York, Venise, Paris, Monaco, le Caire et bientôt Taormine, nous avons réussi à créer le mouvement Better World Fund au travers de plateformes, de masterclass, de forums pour faciliter le dialogue et la sensibilisation sur les enjeux mondiaux.

Notre présence dans les festivals de cinéma et l’exposition Universelle illustre notre engagement à utiliser chaque opportunité pour promouvoir une vision d’un monde plus équitable et soutenable, en mobilisant la communauté internationale autour de notre mission.

Club Italie-France : Pouvez-vous nous parler de vos liens personnels et culturels avec l’Italie ?

Manuel Collas de la Roche : Cela fait maintenant 3 ans avec mon équipe que nous organisons des événements du Better World Fund à Venise. Vous connaissez les conséquences de la pandémie liée à la Covid-19 notamment dans le secteur culturel et cinématographique, qui ont eu notamment pour effet l’annulation de la 73e édition du Festival de Cannes et de toutes les manifestations prévues à cette occasion. Il nous fallait réagir pour faire vivre nos actions. En 2020, en pleine pandémie, La Mostra de Venise a été l’un des rares Festivals Internationaux de cinéma à être maintenu. Nous avons donc décidé d’organiser notre 8ème édition du Better World Fund dans le cadre de la 77e édition de ce festival. L’organisation de notre manifestation à Venise était une grande première. Mais je me devais d’aller de l’avant, et de continuer notre mission. J’ai eu la grande chance d’avoir sur place le soutien de personnalités importantes qui m’ont accompagné et qui ont grandement facilité l’organisation de cette édition. Notamment la Direction Générale de La Mostra et M. Serge Costa, Ministre italien de l’Environnement, des Territoires et de la Mer, qui nous a accordé son Haut Patronage.

Mon lien avec l’Italie s’est enrichi au fil des années par des collaborations significatives. L’Italie, sa riche histoire culturelle et son engagement envers la préservation de l’héritage artistique, ont été une source d’inspiration constante pour moi et pour le Better World Fund.

Nos événements à Venise et l’expansion prévue à Taormine sont le reflet de cette relation, où la beauté de l’Italie se mêle à nos efforts pour promouvoir le changement social. L’accueil chaleureux que nous avons reçu, le soutien de personnalités et d’institutions italiennes, et la reconnaissance de mes efforts en matière de protection de l’environnement témoignent de l’alignement de nos valeurs. En 2021, j’ai été adoubé à l’ordre de chevalier de l’organisation “Parte Guelfa” à Florence. Fondé en 1266, l’Ordre honore toujours la mission confiée par Cosimo de Medici : préserver les ressources naturelles. Plus ancienne chevalerie italienne, ses traditions évoluent à présent en accueillant des membres de toutes religions, cultures et nations.

Club Italie-France : Pouvez-vous nous parler de votre programme à Taormina ?

Manuel Collas de la Roche : Le programme du Better World Fund à Taormina incarne notre engagement envers les droits des femmes. Un événement placé sous le Haut Patronage du Maire de Taormina, sous les auspices de S.A.R La Princesse Béatrice de Bourbon des Deux Siciles. Nous organisons ce programme en association avec le Quinn Studios Entertainment, et nous sommes également soutenus par la RAI. Notre programme se déroule à la fois dans l’emblématique théâtre antique de Taormina ainsi qu’au Palais des Congrès, du 31 mai au 2 juin. Cet événement vise à fusionner l’art, la culture et l’activisme social dans un cadre exceptionnel.

Nous ne pouvons pas révéler l’entièreté du programme dès maintenant, mais je peux vous dire que nous préparons un grand opéra, un concert ouvert au grand public, un dîner de gala ainsi que notre masterclass habituel. Cet événement permettra de soutenir la “Fondation Franco Zeffirelli”.

Club Italie-France : Vous avez également remporté divers prix. Comment ces distinctions ont-elles influencé votre travail au sein du Better World Fund et ont-elles contribué à sensibiliser davantage aux causes que vous défendez ?

Manuel Collas de la Roche : Recevoir ces distinctions a un impact significatif sur l’image du Better World Fund. Chaque prix est une occasion de mettre en lumière les causes que nous défendons, attirant l’attention des médias, des partenaires potentiels, et du grand public. Ces reconnaissances renforcent notre crédibilité et notre visibilité, nous permettant de tisser des liens plus forts avec la communauté internationale et d’élargir notre réseau de soutien. Elles nous motivent à poursuivre notre mission. Ces prix nous ouvrent également de nombreuses portes pour réaliser des actions concrètes. Ils nous aident à mobiliser des ressources pour des projets humanitaires qui peuvent changer des vies.

Club Italie-France : Comment pensez-vous que l’art et le cinéma peuvent sensibiliser le public aux enjeux mondiaux ?

Manuel Collas de la Roche : L’art et le cinéma ont cette capacité unique de transcender les barrières linguistiques et culturelles : ils touchent directement le cœur des individus. Ce qui les rend si puissants dans la sensibilisation aux enjeux mondiaux, c’est leur capacité à raconter des histoires qui résonnent de manière universelle. Une image, un film, ou une performance peuvent provoquer des émotions bien plus fortes que n’importe quel discours.

Le cinéma, en particulier, a la capacité de façonner notre image du monde. Il encourage à la réflexion critique autour des défis que nous affrontons. C’est pour cela que nous nous appuyons fortement sur ces vecteurs pour amplifier nos messages et inspirer au changement. Nous croyons fermement en leur pouvoir de mobiliser et d’unir autour de causes communes.

Dans ce monde gangréné par les conflits et l’animosité, je souhaite inspirer chacun d’entre nous à la connaissance par la culture. Nous devons être prêt non seulement à accueillir l’amour dans nos vies, mais également à le cultiver, à le partager. Je suis convaincu que chaque acte d’amour, aussi petit soit-il, contribue à rendre le monde meilleur.

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Presidente fondatore di Better World Better World Endowment Fund
Marina Iodice - team Club Italie-France
Interview réalisée par
Marina Iodice