Henri-Jacques Citroën - Personalità Club Italie-France

Henri-Jacques Citroën

Club Italie-France : Vous êtes le petit-fils d’André Citroën. Quel effet cela vous fait d’être le dépositaire d’un des grands fondateurs de l’automobile française et européenne ?

Henri-Jacques Citroën : Une chance d’être né avec un patronyme si connu, rendu célèbre grâce à la vie, à l’œuvre et au comportement de mon grand-père André Citroën. C’est extraordinaire de voir mon nom partout sur les nombreuses voitures en circulation ou sur des panneaux publicitaires, de l’entendre dans les publicités diffusées par les radios ou en voyant les spots télévisés !

Un plaisir aussi car partout où je me trouve, je rencontre toujours des personnes qui sont contentes de me raconter leurs liens avec Citroën (exemples : mon grand-père avait une DS ; mon oncle avait 2 Tractions Avant ; j’ai appris à conduire dans une 2CV ; j’ai un cousin qui est agent Citroën, etc.) ou qui manifeste une grande émotion envers mon grand-père et Citroën en général. Je les écoute toujours avec grand intérêt car ce sont de belles histoires qui traduisent de la joie, du plaisir, de la satisfaction, de la fierté. Dans la vie des familles françaises, il y a presque toujours une connexion ou un lien avec la Marque Citroën, ce qui m’a fait conclure mon discours du Centenaire de Citroën par ces mots : « Citroën, c’est la France ! ».

Dans les nombreuses manifestations de passionnés ou les rencontres fortuites ici et là, l’accueil qui m’est réservé est toujours chaleureux, parfois enthousiaste, souvent empreint d’une grande émotion. Et, en tant « qu’émanation » de mon grand-père, je réponds à l’émotion des gens par l’émotion en l’intensifiant de facto.  Combien d’heures ai-je passé à me faire prendre en photo avec les personnes rencontrées, à signer des autographes sur des livres, des photos, mais aussi sur des carrosseries de voitures de collection et même sur des pièces démontées de certaines automobiles, pièces envoyées par des personnes qui n’ont pas pu faire le déplacement !

C’est aussi une responsabilité vis-à-vis d’André Citroën et des nombreux membres de notre famille qui se sont distinguées, depuis la fin du 19e siècle, par leurs actions singulières et/ou courageuses (nombreux combattants durant les guerres mondiales) et/ou leurs sacrifices (certains sont morts pour la France lors de ces conflits) : nous avons le devoir d’être à la hauteur. C’est ce que je dis à mes enfants et neveux.

Club Italie-France : André Citroën était un visionnaire de l’automobile mais pas uniquement, quels sont les autres grands chantiers qu’a entrepris votre grand-père à son époque pour faire avancer la société ?

Henri-Jacques Citroën : La paix revenue en 1918, il a décidé de produire des voitures à grande échelle, en appliquant les méthodes qu’il avait découvertes aux Etats-Unis avant la 1ère guerre mondiale, afin de donner de la mobilité à la population, faciliter ainsi les relations entre les gens et, aussi, favoriser la reprise et le développement des affaires. Il a compris que la meilleure façon d’être moins affecté par la concurrence est d’être toujours à l’avant-garde technologique, technique et commerciale. D’où la volonté d’avoir plusieurs années d’avance sur les autres. Pour ce faire, il fallait être en contact avec de nombreux inventeurs, déceler les inventions d’avenir, les choisir et les développer sans tarder. Il démarre la production d’automobiles en 1919 et, en 10 ans, devient le N°1 en Europe et le N°2 dans le monde. Tout cela a fait dire à son grand concurrent Louis Renault : « Citroën nous fait du bien, il nous empêche de nous endormir ! ».

Avant de fabriquer des voitures, il a produit des engrenages à chevrons, après avoir découvert cette invention par hasard en 1900, étant en vacances en Pologne pour y rencontrer sa famille maternelle. Il achète le brevet et développe le type d’engrenage en question. Ce sera sa 1ère entreprise. Il a 22 ans. C’est la forme de la denture de ces engrenages qui donnera plus tard le logo des Automobiles Citroën.

Quand la guerre éclate, il est envoyé au front comme tous les hommes valides. Étant dans les tranchées, il est outré en constatant que les allemands envoyaient beaucoup plus d’obus sur les lignes françaises que le contraire. Sans tarder, il demanda et obtint une audience avec le ministre de la Guerre pour lui proposer la construction immédiate d’une usine d’obus. N’ayant rien à perdre, le gouvernement approuva son projet. Dans un court délai record de 4 mois, il achète un terrain à Javel (15e arrondissement de Paris), construit une énorme usine, acquiert les machines, établit le process de fabrication, embauche 3500 personnes pour commencer (avant d’atteindre le nombre de 11.500 employés progressivement), dont les trois quarts étaient des femmes. Pour qu’elles travaillent dans de bonnes conditions : nurserie, garderie, infirmerie, vestiaires avec douches, primes d’accouchement, primes d’allaitement. Révolutionnaire pour l’époque.

Mon grand-père, charismatique, très proche des gens, a toujours prêté une attention particulière à la condition des travailleurs et au rôle des femmes. Pendant les années 30, il a lancé une campagne de publicité sur le thème : « La femme moderne ne circule qu’en Citroën ». En s’adressant à une clientèle qui n’existait pas encore vraiment (rares étaient les femmes qui avaient un permis de conduire), il faisait un pari formidable sur l’avenir. Cette campagne avait outré les conservateurs de l’époque qui n’admettait pas que « cet industriel se mêle de l’organisation de notre société ».

Club Italie-France : En 2019, Citroën a fêté ses cent ans d’existence. Quelles ont été les phases les plus importantes depuis sa naissance ?

Henri-Jacques Citroën : D’abord, évidemment, le démarrage de la production d’automobiles en série, à grande échelle, en juin 1919. Pour vendre les grandes quantités de voitures produites, il fallait « faire du bruit » pour les faire connaitre, attirer les acheteurs et faire en sorte que les propriétaires des voitures Citroën soient satisfaits. Pour ce faire, André Citroën a imaginé toutes sortes d’initiatives, de méthodes, de comportements et d’actions qui ont fait dire qu’il a été l’inventeur du marketing moderne et de la publicité dans l’automobile. Des exemples : l’inscription du mot « Citroën » sur la Tour Eiffel pendant 10 ans, les Croisières Noire et Jaune, les manuels d’attention aux clients remis aux concessionnaires et agents, des campagnes publicitaires absolument novatrices, les publicités conçues par des artistes, le don des panneaux de signalisation installés sur toutes les routes de France, etc.

Autre phase, l’invention de la voiture tout-terrain, la fameuse autochenille imaginée par l’ingénieur russe Kégresse puis mise au point par André Citroën. Avec ce véhicule si spécial, il organisa la Traversée du Sahara (17-12-1922 au 16-03-1923), la Croisière Noire (traversée de toute l’Afrique du 28-10-1924 au 26-06-1925) puis la Croisière Jaune (la traversée du Proche Orient et de toute l’Asie, de Beyrouth à Pékin, du 04-04-1931 au 12-02-1932). Cette dernière expédition, la plus impressionnante de l’Histoire du monde, était considérée par André Citroën comme « le test ultime pour les hommes et pour les machines ».

Autres phases qui traduisent des progrès techniques considérables : le lancement de la 1ère voiture « tout acier » (modèle B10) en 1924 puis celui de la Traction Avant en 1934. Ce modèle, révolutionnaire pour l’époque, trouve son origine dans l’invention du principe de la traction avant par l’industriel américain Edward Budd, invention dont André Citroën achète le brevet. Ce dernier confie le design de la carrosserie à un sculpteur italien Flaminio Bertoni, spécialisé dans la sculpture d’animaux et de bustes. Un pari réussi quand on constate le succès de la Traction Avant pendant des décennies et l’engouement actuel des collectionneurs du monde entier à son égard. D’ailleurs, les 9-10-11 mai prochain, seront célébrés les 90 ans de la Traction Avant lors d’un Rassemblement International majeur qui aura lieu près de Clermont-Ferrand : 1050 Tractions Avant sont déjà inscrites.

Avant et après le décès d’André Citroën (juillet 1935), la société Citroën a toujours été remarquablement créative. Le nombre de ses modèles mythiques est impressionnant : à partir de 1948, la 2CV, la DS, l’AMI6, la Méhari, la SM (moteur Maserati), la XM, la BX, la C6, etc. dépassant en créativité toutes les marques concurrentes. Ce qui fait de Citroën la Marque la plus collectionnée au monde. Rien que dans l’Amicale Citroën Internationale (ACI), il y a actuellement 80.000 collectionneurs…

Lors du « Rassemblement du Siècle » à La Ferté-Vidame, organisé en 2019 pour célébrer les 100 ans de la Marque, 60.000 personnes sont venues pendant 3 jours ! Dans mon discours d’inauguration, j’ai appelé cet événement exceptionnel le « Woodstock de Citroën » ! D’ailleurs, quelle société, dans l’automobile ou dans tout autre secteur, fête son anniversaire, quel qu’il soit, avec des célébrations partout, pendant toute une année ? En effet, en plus de la société Citroën, de l’Amicale Peugeot-Citroën-DS, de l’Amicale Citroën-DS France, tous les clubs et tous les Salons de voitures anciennes (Rétromobile, etc.) ont tenu à célébrer le centenaire. Un engouement et un enthousiasme partagés qui perdurent sans flancher…

Club Italie-France : Dans quelle mesure le secteur automobile a-t-il évolué depuis la conception d’André Citroën jusqu’à aujourd’hui ? Que manque-t-il aujourd’hui de cet esprit d’entreprise qu’avait votre grand-père ?

Henri-Jacques Citroën : Le secteur automobile a évolué puisque les Marques ont toutes appliqué les méthodes de la production en série, du moins les fabricants qui ont survécu. Puis diverses Marques sont apparues, en particulier en Asie. La concurrence a été rude et reste rude. Cependant, rares sont les Marques qui ont produit plus de 2 ou 3 modèles iconiques. Depuis 2 ou 3 décennies, les voitures se ressemblent et il est parfois difficile de les distinguer. Voyez les SUV qui ont presque tous la même forme. Peut-être que les designers sont trop attentifs à ce que demandent les consommateurs alors que la vraie création artistique ne peut pas être contrainte ou dirigée ou orientée mais doit reposer sur l’impulsion et l’imagination du créateur. André Citroën allait toujours de l’avant, sortait sans cesse des chemins battus, créait de nouveaux chemins, pour faire progresser l’industrie mais aussi la société, dans un constant respect des autres.

Club Italie-France : La Chine domine le marché mondial des batteries et des voitures électriques. L’interdiction des moteurs thermiques en 2035 représente une grande opportunité pour le Dragon. Et pour preuve, l’arrivée des voitures chinoises provoquent une certaine nervosité chez les constructeurs européens. Peut-être que l’Europe n’a pas commis l’erreur d’imposer ce changement radical sans s’assurer au préalable de disposer des ressources naturelles, économiques et organisationnelles nécessaires ?

Henri-Jacques Citroën : Dans le domaine du tout-électrique, la Chine a certes de l’avance sur l’Europe mais les constructeurs européens sont en train de réagir. Il faut voir maintenant comme l’Europe va réagir pour contrecarrer la Chine s’il s’avère que l’Etat chinois subventionne son industrie automobile et fausse donc la concurrence. Par ailleurs, il n’est pas certain que la date du début de l’interdiction de la production européenne de moteurs thermiques, à partir de 2035, soit maintenue. Il y a un bras de fer en cours entre les constructeurs, surtout allemands et français, et les fonctionnaires de Bruxelles. Mais la problématique du tout-électrique est beaucoup plus complexe que ce qui est dit ici et là. D’abord, il faut s’assurer de l’approvisionnement des matériaux stratégiques en quantités adéquates, sur une très longue durée, pour produire les nombreuses batteries requises. Pour ce faire, combien de complexes miniers doit-on développer et où ? Ne va-t-on pas créer de nouvelles dépendances vis-à-vis des pays producteurs desdits matériaux stratégiques ?

Qui va entreprendre ces investissements considérables dans des mines alors que les grandes entreprises minières internationales ne sont pas nombreuses ? Le développement d’une mine peut prendre de 5 à 10 ans : il faut donc lancer de nouveaux investissements sans tarder, si possible dans des pays où les règles de la « compliance » peuvent s’appliquer. Qui va raffiner ces matériaux et où, sachant que le raffinage génère une pollution certaine ?

Dans sa vie, dans son activité, toute personne, toute entreprise, tout Etat doit avoir un plan B, un plan C, un plan D, etc. Avec la décision d’abandonner progressivement, mais le plus vite possible, la production d’hydrocarbures, ne prend-on pas un risque majeur ? En effet, avec les seules énergies renouvelables, aurons-nous la capacité de satisfaire les besoins d’énergie d’une population mondiale croissante ? il est peut-être politiquement incorrect de poser cette question, mais n’est-il pas prudent de maintenir une certaine production d’hydrocarbures et de faire en sorte que les machines qui utilisent du pétrole ou du gaz aient des rendements énergétiques croissants et leur effet polluant décroissant ?

Par ailleurs, que dire du danger que représentent les véhicules électriques quand leurs batteries prennent feu, ce qui peut arriver dans diverses circonstances y compris quand elles sont stationnées dans des parkings ? Pour éteindre une voiture électrique qui brûle, il faut littéralement la noyer dans un récipient d’eau, tâche ardue pour les pompiers ! Questionnez les spécialistes de la lutte anti-incendie et vous verrez les conséquences néfastes d’un véhicule tout-électrique qui prend feu, surtout dans un sous-sol. Ici comme ailleurs, il faut examiner la problématique dans son ensemble.

Club Italie-France : Vous avez passé une grande partie de votre carrière au Venezuela. Quelles sont les différences majeures mais aussi les opportunités que vous avez rencontrées par rapport à l’Europe ?

Henri-Jacques Citroën : Quand j’ai pris l’initiative d’émigrer au Venezuela juste après avoir terminé mes études (HEC et Droit), je me rendais dans un pays devenu riche grâce à l’accroissement des prix du pétrole (fin des années 1970) et qui donc disposait de ressources considérables pour investir et se développer rapidement. Tout était à faire et beaucoup de choses ont été faites. Un secteur pétrolier imposant s’est constitué autour de la compagnie nationale PDVSA et plusieurs grandes industries lourdes sont apparues autour du consortium étatique CVG. J’ai représenté de nombreuses industries françaises (sidérurgiques, métallurgiques, mécaniques) y compris « CMD Engrenages et Réducteurs » qui est la descendante de « Engrenages Citroën », la 1ère entreprise créée par mon grand-père ! CMD est toujours un des leaders mondiaux pour la fourniture d’équipements de transmission de puissance. Puis, pendant les années de la révolution bolivarienne initiée par le Président Hugo Chavez, j’ai conseillé, dans le domaine des relations institutionnelles, de la communication et de la RSE, des grands groupes tels que TotalEnergies (pendant 15 ans), Lafarge, Sanofi, Veolia, Lactalis, etc.

La mise en place par le gouvernement d’un strict contrôle des changes et d’un contrôle des prix, ainsi que la nationalisation de nombreuses industries, a ruiné l’économie en faisant disparaitre la plupart des entreprises et en entrainant la destruction physique des usines étatisées. Entre 2013 et 2021, le PIB s’est réduit de 80% ! L’économie a désormais une taille marginale, a perdu ses avantages comparatifs et produit relativement peu de pétrole (800.000 b/j vs 3 millions de b/j à l’époque de Chavez) alors qu’il possède les plus grandes réserves de pétrole du monde. Que dire d’un pays où le salaire minimum mensuel est de 3,30 dollars (oui : 3 dollars et trente cents par mois) ?

Club Italie-France : Vous êtes Vice-président de l’ADIT, leader européen de l’intelligence économique et de l’éthique des affaires. Comment analysez-vous l’incertitude économique globale et comment l’Union européenne agit pour protéger les intérêts de pays membres ?

Henri-Jacques Citroën : Coincé entre les 2 grandes puissances, agressives et dominantes, que sont les Etats-Unis et la Chine, l’Union Européenne doit faire le nécessaire pour être plus unie et solidaire que jamais. Tous ensemble, les européens sommes, de facto, une puissance économique. Renforcer les industries existantes, installer de nouvelles industries afin de réduire la dépendance vis-à-vis de pays tiers qui ont su profiter de la mondialisation triomphante des années 2000 et 2010. Accorder la préférence européenne dans les appels d’offres lancés par les Etats européens. Continuer à parfaire la législation européenne pour réguler les actions agressives d’acteurs extérieurs : on a déjà, par exemple, le RGPD, le Digital Markets Act, le Digital Services Act, la directive CRSD (Corporate Sustainability Reporting Directive, qui concerne la RSE ou ESG), on aura bientôt une directive sur le devoir de vigilance.

Club Italie-France : En France, on parle souvent de réindustrialisation. Pour recréer une filière industrielle, il faut du temps, des investissements et des professionnels formés, ainsi qu’une augmentation des salaires combinée à une baisse des impôts sur la production. Selon vous, quelle serait la solution pragmatique pour sortir de l’impasse ?

Henri-Jacques Citroën : L’idéal serait d’avoir de nombreux industriels comme André Citroën qui iraient de l’avant sans essayer de tout optimiser tout le temps. Souvent, ce sont les financiers qui freinent les initiatives d’investissements, car ils sont toujours à la recherche du rendement maximal et d’une évolution favorable des cours de Bourse. Réduire les coûts, coûte que coûte, en exerçant une pression constante sur les fournisseurs (i.e. toujours faire baisser leurs prix) et sur les clients (par exemple, au cours des 3 dernières années, dans l’automobile, en produisant en priorité des véhicules à forte marge bénéficiaire, donc du haut de gamme au détriment du bas de gamme), a créé des perturbations industrielles (des fournisseurs disparaissent) et sociales (perte de pouvoir d’achat, en plus des effets de l’inflation). En France, heureusement, il y a des groupes comme LVMH qui investissent massivement dans le pays.

Club Italie-France : L’Italie et la France sont d’excellents partenaires industriels depuis des décennies. Le secteur automobile est l’un des nombreux secteurs d’excellence que ces deux pays ont en commun. Outre le groupe Stellantis, de nombreux projets communs existent, notamment dans la « Motor Valley » en Émilie-Romagne. Qu’est-ce qui vous fascine dans le secteur automobile italien ?

Henri-Jacques Citroën : La persistance de la grande Marque qu’est FIAT au cours des décennies, tout comme Lancia et Alfa Romeo que le monde entier connait. Et aussi, l’existence de Marques célèbres qui font l’admiration des passionnés de voitures de course ou de sport : Ferrari, Lamborghini, Maserati. Que des grands noms qui traversent notre époque !

Club Italie-France : Votre grand-mère « Georgina Citroën » était italienne. Quels souvenirs gardez-vous de votre grand-mère et quelles relations entretenez-vous avec l’Italie ?

Henri-Jacques Citroën : Ma grand-mère Georgina est morte quand j’avais 2 ans. En revanche, j’ai connu mon arrière-grand-mère Laura Bingen, la mère de Georgina, l’épouse de Gustave Bingen. Elle vivait Boulevard Beauséjour dans le 16e arrondissement de Paris. Je la voyais périodiquement, jusqu’à son décès quand j’avais 9 ans. J’ai le souvenir d’une femme très douce et gentille. Terrible situation, ses enfants sont décédés avant elle : Max Bingen au combat pendant la 1ère guerre mondiale puis Jacques Bingen le 12 mai 1944, et enfin Georgina.

Jacques Bingen, beau-frère d’André Citroën, est une autre personnalité marquante de notre famille. En effet, le général de Gaulle l’a nommé Chef de la Résistance française pour la moitié Sud de la France après la mort, sous la torture, de Jean Moulin, le grand Chef de la Résistance. Jacques Bingen a donc exercé son rôle pendant quelques mois avant d’être trahi : en gare de Clermont-Ferrand, il est arrêté par la Gestapo. Il réussit à s’échapper. La Gestapo le retrouve. Connaissant tous les secrets de la Résistance, il choisit de mettre fin à ses jours en prenant une pastille de cyanure. L’écrivain et historien Jean Lacouture le considère comme « l’un des 3 ou 4 personnages les plus exceptionnels qu’ait révélés la Résistance ». Ce Héros de la Résistance a reçu les distinctions de « Compagnon de la Libération », « Croix de Guerre » et « Chevalier de la Légion d’Honneur ». Le 13 mai prochain, seront commémorés les 80 ans de son sacrifice héroïque.

Avec ces origines italiennes d’une partie de notre famille, nous nous sentons très proches de l’Italie. Un pays formidable qui, comme la France, a une très riche Histoire, est un berceau de la culture, de l’art, de la beauté, avec des villes, villages, paysages somptueux, une gastronomie universelle, une qualité de vie remarquable. Et de grandes équipes de football.

Club Italie-France : Il apparaît que vous avez entamé une démarche pour que André Citroën entre au Panthéon. Qu’en est-il ?

Henri-Jacques Citroën : Effectivement, la vie et l’œuvre d’André Citroën, riches d’enseignements pour les temps présents et futurs, peuvent être une inspiration pour tous. Dans le contexte actuel de réindustrialisation de la France, de la recherche de la cohésion sociale et du renforcement du rôle de la femme, faire entrer André Citroën serait un message fort. D’autant plus qu’il est issu de l’immigration (son père était hollandais et sa mère polonaise), devenant Français à l’âge de 18 ans pour pouvoir intégrer l’Ecole Polytechnique. Il épouse une italienne. Soit dit en passant, ma mère était hongroise, naturalisé suédoise pendant la guerre. Je suis né en Espagne. Une famille européenne. Accompagné par un Comité de soutien composé de 80 personnalités représentatives de la société française dans sa belle diversité, j’ai présenté formellement la suggestion au Président de la République, M. Emmanuel Macron, en août dernier. André Citroën serait le 1erindustriel à entrer au Panthéon. N’est-il pas temps de rendre hommage à ceux qui font la richesse de la France et des Français ? Le Président Macron dira…

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Interviews du

16 Avril

Informations

ENTREPRENEUR
Henri-Jacques Citroën, diplômé d’HEC (Ecole des Hautes Etudes Commerciales) et de Droit, est Conseiller du Commerce Extérieur de la France.
Edoardo Secchi - Presidente Club Italie-France
Interview réalisée par
Edoardo Secchi