Pierluigi Antonelli
Personnalités

Pierluigi Antonelli

P-DG du groupe pharmaceutique Angelini Pharma


Club Italie-France : Angelini Pharma est une société italienne très importante dans le secteur pharmaceutique. Quels sont les valeurs et les axes de développement du groupe ?

Pierluigi Antonelli : Angelini Pharma est une multinationale historique à actionnariat familial. Notre entreprise a toujours été guidée par une grande attention à la qualité du travail et au respect des collaborateurs qui, au fil des années, s’est accompagnée d’une ambition de développement international, en même temps que de croissance. Au fil des années, notre capacité d’innovation s’est accrue et nous sommes aujourd’hui un innovateur européen de premier plan. Une innovation que nous mettons en œuvre sur les deux atouts de développement de l’entreprise : la santé du cerveau et les maladies rares. L’acquisition d’Arvelle Therapeutics, la plus importante jamais réalisée par le groupe Angelini Industries, auquel appartient Angelini Pharma, va précisément dans ce sens puisque le cénobamate, la molécule révolutionnaire d’Arvelle pour le traitement de l’épilepsie réfractaire, s’intègre parfaitement aux autres molécules que nous avons dans notre portefeuille pour le traitement de la schizophrénie et de la dépression. Cette acquisition nous a donné l’opportunité d’étendre notre présence géographique, bénéficiant aujourd’hui d’une présence directe dans 25 pays. En plus du cénobamate qui apporte des réponses significatives à un important besoin médical non satisfait, nous visons à renforcer et intégrer notre pipeline de développement et pour ce faire nous avons mis en place une série d’investissements dans des start-ups prometteuses et extrêmement innovantes.

Club Italie-France : Après la crise du Covid19, comment le secteur pharmaceutique est-il perçu par l’opinion publique ? Y a-t-il plus de confiance que par le passé ?

Pierluigi Antonelli : La pandémie a certainement conduit à une attention nouvelle et plus large à l’ensemble du secteur de la santé tant dans l’opinion publique que dans les institutions, et le secteur pharmaceutique a été, dans un certain sens, « redécouvert » comme un élément propulsif et innovant. Arriver à un vaccin si rapidement, tant sur le plan du développement que sur celui de la production, aurait été un résultat impensable il y a encore quelques années à peine. C’est une réponse importante que les compagnies pharmaceutiques ont donné. On s’est rendu compte à quel point les investissements en R&D par les entreprises, l’innovation technologique, le partage des savoir-faire, la mise en réseau des données par la communauté scientifique, la coopération public-privé représentent un écosystème vertueux pouvant aboutir à des résultats importants. Par ailleurs, il est apparu clairement que la santé est un atout stratégique fondamental qui ne peut être considéré comme un élément séparé de l’économie et de la production mais qui fait partie intégrante du développement des pays. Ce processus a inévitablement conduit à accroître les attentes des citoyens et des patients qui demandent aujourd’hui à l’industrie pharmaceutique et aux systèmes de santé une plus grande efficacité et une meilleure qualité des soins plus rapidement.

Club Italie-France : Quels sont selon vous les enjeux du secteur pharmaceutique européen dans les 10 prochaines années ? Est-il possible d’envisager de rélocaliser un secteur qui s’est fortement délocalisé ces dernières années ?

Pierluigi Antonelli : Je pense que le développement futur des entreprises pharmaceutiques sera essentiellement caractérisé par une nouvelle conception des processus de recherche et développement et d’innovation technologique, qui impliquera de manière transversale divers domaines d’activité et fonctions de l’entreprise. En 2021, les entreprises pharmaceutiques italiennes ont investi environ 3 milliards dans l’innovation et la transition numérique, des investissements qui concernaient non seulement le domaine de la R&D mais aussi les processus, les lignes de production, la logistique et les méthodes de relation avec les patients. Celle-ci sera la piste qui caractérisera également les prochaines années mais qui se développera de plus en plus dans une optique d’innovation ouverte, où les grandes entreprises s’ouvriront à l’ensemble de l’écosystème de l’innovation représenté par les startups, les incubateurs, les centres de recherche et les universités. Un chemin que nous avons entrepris en tant que Groupe avec la participation à l’incubateur de startups Argobio et la création du Fonds Angelini Lumira Biosciences, des plateformes qui dans les années à venir pourront générer de nouveaux programmes de développement de projets qui alimenteront notre pipeline. L’innovation ouverte ne peut pas non plus ignorer l’implication des institutions. Nous avons vu pendant la pandémie l’importance de la coopération public-privé et aujourd’hui nous avons une opportunité importante représentée par le PNRR. La pharmacie pourrait représenter un volant économique utile pour amplifier les investissements et préserver la compétitivité de l’Europe. En ce qui concerne les processus de délocalisation, il faut considérer qu’ils ont largement concerné les segments productifs et les activités à faible valeur ajoutée. Le cœur de l’industrie pharmaceutique, donc la partie recherche et développement, est resté en grande partie au sein des États européens. Il est certain que les problèmes d’approvisionnement rencontrés pendant la pandémie mais aussi de nos jours, les problématiques de qualité des API déjà abordées par l’EMA et les agences de régulation et les enjeux critiques liés au dumping social et environnemental attirent sans aucun doute l’attention de tous sur la nécessité pour l’UE de ont des politiques visant à délocaliser des activités désormais considérées comme stratégiques.

Club Italie-France : Quels sont les professionnels les plus recherchés du secteur pharmaceutique ?

Pierluigi Antonelli : La demande de médecins, biologistes, biotechnologues et pharmacologues est toujours très forte, mais les prochaines années seront de plus en plus caractérisées par le développement de nouveaux métiers. En particulier, des personnalités hybrides, aux formations transversales, et capables d’allier formation et expérience dans le domaine médico-scientifique ou biologique avec l’informatique, l’intelligence artificielle et l’utilisation des nouvelles technologies. L’interprétation et l’utilisation des données est également un élément fondamental pour le secteur Pharma. Avoir ce type de compétences représente déjà aujourd’hui une valeur ajoutée importante.

Club Italie-France : Angelini Pharma est présent en France depuis quelques mois. Quels sont les objectifs du groupe sur le marché français ?

Pierluigi Antonelli : Bien qu’Angelini Pharma soit une multinationale, nous sommes très respectueux des caractéristiques et des besoins des pays dans lesquels nous pénétrons. Nous sommes entrés sur le marché français en prévision du lancement du cénobamate, une molécule innovante pour le traitement de l’épilepsie réfractaire – et grâce à notre investissement dans l’incubateur de startups Argobio. Notre idée est de nous positionner comme un partenaire important des institutions et des patients français, apportant innovation et solutions thérapeutiques efficaces.

Club Italia-Francia : Le marché pharmaceutique français et le marché italien sont-ils similaires ? Existe-t-il des différences particulièrement importantes ?

Pierluigi Antonelli : La capacité à comprendre les marchés est essentielle pour devenir un partenaire stratégique. Bien que l’Italie et la France soient des nations « sœurs », il existe encore des différences. Quant au secteur de la santé, le marché français, avec un objectif national de dépenses de santé de près de 220 milliards et en hausse de 3,7 %, est l’un des marchés les plus importants d’Europe. La France investit plus de 12 % de son PIB dans la santé (entre investissements publics et privés), juste derrière l’Allemagne, et nettement devant l’Italie, qui s’élève à 9,7 % du PIB. Des éléments qui le rendent extrêmement intéressant pour une entreprise comme la nôtre, bien que le système français en place pour l’accès aux nouveaux médicaments soit assez restrictif.

Club Italie-France : Quel rôle jouent l’Italie, la France et l’Europe dans le domaine pharmaceutique ? Sommes-nous en retard par rapport aux États-Unis et la Chine ?

Pierluigi Antonelli : L’Europe joue toujours un rôle de premier plan dans toutes les activités de R&D et nous sommes les premiers au monde en termes de normes de qualité des produits mis sur le marché. Le secteur pharmaceutique est absolument stratégique pour l’UE et pour les États membres, non seulement parce qu’il garantit l’accès aux soins pour tous les citoyens, mais aussi parce qu’il représente un atout économique très important, capable de distribuer de la valeur ajoutée en cascade et de contribuer de manière significative au PIB. et l’emploi. La pandémie et les difficultés logistiques mondiales que nous connaissons ont mis en lumière la dépendance structurelle de l’UE vis-à-vis des pays non européens en ce qui concerne l’approvisionnement en principes actifs, en grande partie en provenance de Chine et d’Inde. D’un point de vue géopolitique, cela implique une perte substantielle d’indépendance sanitaire pour l’Europe. Par ailleurs, le secteur pharmaceutique européen, comme d’autres secteurs économiques de notre continent, souffre de la difficile intégration des politiques économiques et sanitaires entre les États membres, ce qui constitue un frein au développement des entreprises multinationales. Une fragmentation que nous avons également constatée lors du développement de la pandémie, avec un manque de coordination centrale et l’absence de protocoles et de réglementations communs utiles pour répondre aux urgences supranationales avec des mesures partagées, rapides et efficaces.

Donc – à mon avis – il y a deux domaines dans lesquels l’Italie et la France peuvent s’engager avec des résultats importants : le premier – également dans la lignée du traité de « coopération bilatérale renforcée » Italie-France signé l’année dernière au Quirinal – pour continuer à développer les échanges entre les deux pays et consolider/renforcer la R&D et la production dans le secteur. Le second, jouer un rôle de premier plan dans l’Union européenne pour promouvoir et protéger la compétitivité de l’Union avec des investissements, des réglementations et des politiques de soutien au secteur à la hauteur des défis des marchés mondiaux dans lesquels des «géants» tels que les États-Unis et la Chine sont présents. Les États-Unis restent le marché le plus attractif dans le secteur pharmaceutique. La France et l’Italie pourraient s’associer pour pousser l’Union européenne à prendre de nouvelles mesures pour combler le fossé qui existe encore aujourd’hui vis-à-vis des États-Unis. Je suis confiant.

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

28 juillet 2022

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