Bernard de La Villardière
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Bernard de La Villardière

Bernard Berger de La Villardière est journaliste, célèbre pour sa présentation du magazine d’investigation Enquête exclusive diffusé sur M6.

Bernard de la Villardière devient reporter dès 1983. En 1987, il contribue à fonder la jeune chaîne France Info et présente le journal du week-end sur RTL. En 1998, M6 le choisit pour présenter le magazine d’information Zone Interdite, où le journaliste dévoile les coulisses de la société contemporaine. En 2003, il fonde la société de production Ligne de front.


Club Italie-France : Dernièrement, vous vous êtes lancé dans une nouvelle aventure entrepreneuriale, celle d’une plateforme digitale et media social 100% vidéo, dénommée Neo. Quel a été la raison de ce choix ?

Bernard de la Villardière : C’est un très vieux projet. Au début des années 2000, on percevait déjà que le web était le mode de diffusion idéal pour le format vidéo. Chacun – à commencer par les marques – aurait à terme le moyen de devenir un média à part entière. Ce fut d’ailleurs très vite l’époque des web tv. Certains entrepreneurs pionniers se sont d’ailleurs installés sur ce créneau. Mais – comme cela arrive souvent – les défricheurs ont mordu la poussières. Ils ont eu raison trop tôt. Il y a une douzaine d’années, j’ai failli me lancer avec mon frère François. On voyait déjà que le bon vieux site internet avait du plomb dans l’aile et que Facebook allait occuper toute la place.

Depuis quelques années sont apparues des plateformes de contenus vidéos comme Brut ou Konbini qui connaissent un certain succès. Il m’a semblé -avec mes associés – qu’il manquait un média qui mette en valeur les français et leurs territoires. D’où la création de neo qui diffuse quatre vidéos par jour sur les réseaux sociaux. Au bout d’un an et demi d’existence, neo atteint les 70 millions de vues par mois. Neo raconte cette France entrepreneuse au service de la préservation de notre savoir-faire agricole, gastronomique et artisanale. La France comme l’Italie n’a pas besoin de recevoir de leçon de diversité. Elle est diverse par nature.

Club Italie-France : Aujourd’hui, on parle énormément de changement climatique, d’économie d’énergie, et aussi des énergies vertes, qui sont toutefois moins populaires d’il y a 10 ans. Pensez-vous que le tabou des énergies renouvelables s’est brisé ?

Bernard de La Villardière : Le tabou c’est surtout la croyance en une énergie zéro carbone ! Il n’y a pas d’énergie verte. Juste des énergies dont la production est plus ou moins consommatrice de gaz à effet de serre. Et la plus vertueuse en la matière c’est l’énergie nucléaire. J’ai produit et présenté une émission sur M6 l’an dernier abordant cette thématique :  » la face noire des énergies vertes ». Croire que l’éolien et le solaire suffiront à résoudre l’équation lutte contre le réchauffement climatique versus développement humain est une hérésie.

Club Italie-France : Pour vous, le journalisme est une seconde nature. Diplômé du Celsa avec en poche une maîtrise en sciences politiques, vous avez débuté dans la profession à 25 ans. Vos enquêtes sont passionnantes et précises. Vous maitrisez parfaitement les sujets d’actualité politique et sociale. Seriez-vous prêt à vous lancer en politique ?

Bernard de la Villardière : Je ne suis pas sûr de maitriser tous les sujets parfaitement contrairement à ce que vous pensez. D’abord par ce que je n’ai pas la mémoire des détails et que je retiens plus facilement les sensations et les sentiments ressentis ou recueillis au fil de mes voyages. Mais il est vrai que mes rencontres et mes enquêtes m’ont permis de me forger quelques convictions sur les ressorts de la nature humaine et sur les fondamentaux de la vie des peuples et des nations. C’est ainsi que je ne crois plus au modèle multi-culturel et l’actualité américaine me confirme chaque jour que c’est une utopie dangereuse.

Je suis très inquiet de la crise que traverse la France. Ce n’est pas qu’une crise démocratique mais une crise de sens. Je ne compte pas me lancer en politique mais j’espère à travers l’exercice de mon métier contribuer à défendre des valeurs qui sont malmenées par l’esprit du temps soumis aux cyniques et aux extrémistes.

Club Italie-France : A cause de vos enquêtes, vous avez aussi été la cible de menaces. Pensez vous que la liberté d’expression est aujourd’hui fragilisée ?

Bernard de la Villardière : Oui sans aucun doute. Du fait des menaces de mort dont certains journalistes peuvent être la cible, notamment lorsqu’ils enquêtent sur le totalitarisme islamiste, mais aussi du fait de la violence qui s’exprime sans retenue et sans sanction possible – sauf exception trop rare – sur les réseaux sociaux. Ceux-ci n’en sont pas responsables mais l’anonymat et l’impunité qu’il engendre permettent le déploiement de véritable campagnes de soft power orchestrées par des Etats, des lobbys transnationaux ou des firmes qui tentent de transformer notre vision de l’homme et du monde. Le marxisme a échoué à transformer la société, les nouvelles idéologies veulent déprogrammer l’homme, l’arracher à son anthropologie.

Club Italie-France : Après tant d’années dans le journalisme, comment arrive-t-on à se renouveler ?

Bernard de La Villardière : Il suffit pour cela de se mettre au balcon du monde. L’actualité ne manque pas d’imagination et contrairement à une idée reçue – pas plus que l’histoire – elle ne repasse les mêmes plats. Mais pour achever de répondre à votre question, je dirai que j’ai eu la chance de travailler dans la presse écrite, la radio puis la télévision et d’y exercer des fonctions diverses : reportage, présentation de journaux ou de magazines d’information et production de documentaires.

Club Italie-France : Comment choisissez-vous les sujets de vos enquêtes ? Comment détecter les sujets qui vont marcher auprès du public ? Parmi ces sujets, est-il aussi important de faire ressortir leur aspect spectaculaire ?

Bernard de la Villardière : Enquête Exclusive est sans cesse sollicitée par des réalisateurs ou des producteurs qui nous soumettent des idées de sujets. Moi-même je lance des propositions d’enquêtes via Ligne de Front, la société de production que j’ai créé il y a près de 20 ans. A l’époque, je pensais que je ne ferai pas de vieux os comme présentateur ! Enquête Exclusive est née il y a 17 ans et disons que son ancienneté et la stabilité de ses dirigeants nous donnent une expertise appréciable sur la manière de raconter le monde. Par ailleurs, ce magazine est devenu une marque qui inspire spontanément la confiance. Notre part d’audience est de ce fait d’une remarquable stabilité notamment auprès des jeunes. Si les thèmes sont parfois accrocheurs, ils sont toujours traités avec rigueur et pédagogie. Informer, c’est d’abord selon moi vouloir créer des liens entre les hommes.

Club Italie-France : Parmi vos enquêtes, quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ? Et pourquoi un journaliste est souvent attiré par des milieux dangereux ?

Bernard de la Villardière : Les enquêtes qui m’ont marqué sont celles se déroulant sur des terrains de guerre. Irak, Syrie, Afghanistan, Nigéria… les pays les plus meurtris sont étonnamment les plus chargés d’histoire. Et souvent aussi les plus beaux. Comme si cette beauté déchainait l’appétit et l’agressivité des hommes. J’ai aimé ces reportages car la guerre est aussi un révélateur de l’âme humaine. Elle sépare le bon grain de l’ivraie. On distingue très vite qui sont les saints et qui sont les salauds. On trouve aussi dans la violence des raisons d’espérer et de croire en l’humanité.

Club Italie-France : Vous parlez très bien l’italien et vous avez passé une partie de votre enfance en Italie. Restez-vous lié à ce pays ? Y avez-vous des activités ou des projets particuliers ? Quel est votre lien avec l’Italie ? Pensez-vous qu’un projet franco-italien dans le milieu des médias pourrait intéresser le public ?

Bernard de la Villardière : Je suis très attaché à l’Italie car en effet j’y ai vécu entre l’âge de 7 et 12 ans. Des années essentielles au cours desquelles on construit son propre alphabet des sentiments. Nous vivions de 1967 à 1971 Viale Gambaro à Gênes. C’était encore un quartier résidentiel et nous vivions au rez-de-chaussée d’un petit immeuble bordé d’un jardin dans lequel j’ai mené, avec mes frères, mes premières batailles. J’ai été louveteau, j’ai chanté dans une chorale chez les maristes, j’ai fréquenté « il cinema della parrocchia » où l’on projettait les films de Risi et Comencini. Une partie de moi est resté à Gènes car comme disait Saint-Exupéry, « on est de son enfance comme on est d’un pays ».

Je retourne souvent en Italie et notamment sur la côte ligure que j’aime faire découvrir à mes vieux amis. J’ai d’ailleurs investi dans un projet de rénovation d’un petit hôtel-restaurant sur la corniche entre Gènes et Portofino : La Marinella di Nervi. Un projet mené par un génois, Igor Mendelevitch. Son grand-père est né à Odessa où je me rends dans quelques jours. J’écris ces lignes dans une voiture alors que je franchis la frontière entre la Pologne et l’Ukraine.

Club Italie-France : Avez-vous des projets en préparation dont vous souhaitez parler ?

Bernard de la Villardière : Et bien justement, cette émission sur les crimes de guerre en Ukraine et sur la guerre vue de Russie. Je vais lancer ces deux émissions en Ukraine. Je vais me rendre à Kiev et à Boutcha pour recueillir les témoignages sur les fosses communes récemment découvertes plusieurs semaines après le passage des soldats russes et puis je vais tenter d’atteindre Odessa pour raconter le temps suspendu alors que les russes accroissent leur pression sur cette ville paraît-il magnifique.

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

15 juin 2022

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