Amanda Sthers
Personnalités

Amanda Sthers

Écrivain, réalisatrice

Amanda Sthers est née à Paris et vit à Los Angeles. Ecrivaine, réalisatrice, scénariste, auteure de romans, scénarios, chansons, pièces de théâtre.

Elle a écrit quatorze romans, qui ont été traduits dans plus de quinze langues. Son roman « Les Promesses » a été un best-seller sélectionné dans tous les prestigieux prix littéraires français. En tant que dramaturge, Sthers a également reçu des critiques élogieuses pour ses pièces dont la première « le vieux juif blonde » est étudiée à l’université d’Harvard. En octobre, lors de la 16e édition du Festival International du film de Rome, Amanda Sthers a présenté son film "Les promesses" une adaptation de son roman paru en 2015 aux Éditions Grasset, dont le tournage s'est déroulé entre Londres et l'Italie.


Club Italie-France : Comment est née l’idée de votre roman «  Promesses » et pourquoi avoir choisi (aussi) Rome pour le tournage ? 

Amanda Sthers : Il est toujours compliqué de comprendre la genèse d’un livre. Celui ci vient d’une noyade à laquelle j’ai assistée et qui est devenue le trauma originel de mon personnage principal. Je voulais créer un être en recherche de son équilibre et qui vit entre deux mondes. Deux langues. Deux pays. Deux amours. Dans le roman c’est entre l’argentario et Paris. Cela a basculé entre Londres et Rome er ses alentours. J’aimais le contraste entre ces deux villes éternelles. 

Club Italie-France : La conférence de presse du film « Promesses » a été l’une des plus attendues du Festival du Film de Rome. Qu’avez-vous le plus aimé dans cet événement ? Que appréciez-vous du cinéma et de la littérature italienne ? 

Amanda Sthers : C’est surprenant alors que je dirige des équipes de 300 personnes mais je suis plutôt timide! C’est toujours une épreuve pour moi de montrer mon travail. Mais je me suis sentie très à l’aise. J’ai trouvé les journalistes italiens intelligents et cultivés. Chaque interview était différente et j’ai senti à quel point ils aimaient le film. La standing ovation qui a suivi la projection du soir a été un grand moment. J’ai grandi avec un amour du cinéma neo réaliste italien. J’ai le sentiment qu’on se dirige vers une renaissance dans ce pays qui a créé les chefs d’œuvre fondateurs du 7 eme art. Comme dans la littérature italienne, j’apprécie que les œuvres soient difficiles à classer, qu’elles oscillent entre rires et larmes. Mazzantini, Veronesi, Alajmo sont des écrivains contemporains qui me fascinent. 

Club Italie-France : Vous avez quitté Paris pour les US suite aux attentats. C’était le besoin d’un nouveau challenge professionnel ou une envie de changer d’air et s’éloigner d’une France victime de ses fractures sociales ? Que doit envier l’Europe aux États-Unis et viceversa ? 

Amanda Sthers : J’ai quitté Paris à ce moment là en effet pour des raisons personnelles. Devoir recommencer ma carrière à zéro a été une chose très particulière et une leçon d’humilité. J’ai appris à aimer mieux mon pays de loin mais aussi à voir à quel point c’était un gâchis. La France a tout pour irradier sauf la mentalité qui convient. Je ne sais pas où le mal et implanté et comment il faudrait agir pour changer cette agressivité, ce rejet de la réussite, cette célébration de la médiocrité, cette jalousie profonde. Quand je rentre je pense que ça m’a manqué et après deux jours je me souviens de raisons qui m’ont fait partir. Quand je rentre en France depuis quelques années, je vis a Marseille et je dois dire que c’est différent de Paris, je m’y sens plus à la maison. 

Quand je travaille avec des équipes européennes, je vois la différence de bagage culturel. Nous européens trimballons avec nous des fantômes et une mémoire de la beauté, de l’architecture dans laquelle nous sommes nés, une passion du débat, une célébration de l’intelligence bien différente de celles des États Unis. Les américains sont eux capables de penser sans attaches, d’innover, n’ont pas peur de rater, de recommencer… nous avons tous nos qualités! 

Club Italie-France : Vous avez habité longtemps à Paris, avant de la quitter pour Los Angeles. Paris n’est jumelée qu’avec une seule ville, Rome. Paris et Rome sont les seules à s’offrir un jumelage exclusif. D’où la fameuse devise « Seule Paris est digne de Rome, seule Rome est digne de Paris »… A votre avis, ces deux villes, en quoi se ressemblent-elles ? 

Amanda Sthers : J’ai tourné pendant le second confinement donc ce n’était pas Rome telle qu’on l’aime mais en temps normal j’y sens comme à Paris, cet amour de la communauté, des cafés en terrasse, des rencontres, du partage. Par les temps qui courent, ça me semble être très important. Dans les deux villes il y aussi la beauté à chaque coin de rue, dès qu’on tourne la tête, qu’on pousse une porte. Comme deux amies différentes avec des qualités semblables, la blonde et la brune … 

Club Italie-France : Serait-il intéressant à votre avis de créer davantage de synergie dans les domaines de la littérature et du cinéma franco-italiens ? Quelles pourraient être les actions à mener pour assurer un rayonnement réciproque en Italie et en France dans ces deux domaines ? 

Amanda Sthers : C’est un peu au delà de mes compétences mais je trouve toujours interessant de rapprocher les cultures et les artistes. La villa Médicis sert déjà en partie à ce rayonnement. J’imagine qu’il faudrait créer des ponts simplifiés pour les Coproductions entre les deux pays comme c’est le cas pour mon film « les Promesses ».

Club Italie-France : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent suivre votre voie ? 

Amanda Sthers : C’est un métier difficile. Il n’y a jamais de certitude, pas de sécurité. Il faut une mentalité d’entrepreneur mais on est sa propre entreprise. Il faut être prêt à se battre beaucoup, à travailler plus que de raison, ayez des choses à dire et restez sincères. C’est votre différence, votre étrangeté, qui un jour fera votre force. 

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

25 octobre 2021

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