Rodrigo Basilicati Cardin
Personnalités

Rodrigo Basilicati Cardin

Président de Pierre Cardin

Président de la société Pierre Cardin, designer, ingénieur, architecte et amateur de musique.

Ingénieur de formation, pianiste, designer et architecte, Rodrigo Basilicati Cardin devient le directeur général du groupe Pierre Cardin en 2018 et est nommé président en 2020, quelques mois avant la mort de son fondateur.


Club Italie-France : Quels souvenirs gardez-vous de votre première rencontre à Venise avec votre oncle Pierre Cardin ?

Rodrigo Basilicati Cardin : En vrai, la première rencontre avec mon oncle Pierre Cardin a eu lieu à Trévise, lors du défilé qu’il a organisé à l’occasion de la remise des clés de la ville par le maire. C’était en 1995. Pierre Cardin invita son frère, mon grand-père, à cet événement et à l’époque, je vivais avec lui. Mes parents exigeaient que je n’aille qu’à l’université et que j’arrête la musique, alors que je voulais continuer à essayer d’entrer dans le monde de la musique et faire des concerts. Pour être cohérent avec moi-même, j’ai trouvé un travail et j’ai préféré vivre avec mon grand-père, aussi parce qu’il était seul. Pierre Cardin l’a appelé et l’a invité, et moi je l’ai accompagné.

Ce fut une rencontre foudroyante. On ne parlait pas beaucoup de lui dans la famille. Il m’a regardé attentivement et m’a demandé ce que j’avais fait dans ma vie. Puis pendant le défilé il m’a parlé, et m’a dit : « La femme prend la forme de la robe ». La robe comme forme d’art, comme centre d’intérêt, comme œuvre d’art. Cela m’a beaucoup impressionné.

Club Italie-France : Quels sont les grands axes de vos projets de rénovation et de relance pour le groupe Pierre Cardin ?

Rodrigo Basilicati Cardin : Ma volonté première est de respecter ce qu’a fait Pierre Cardin. La culture jouera un rôle très important dans la publicité de la marque, nous devons continuer à créer une nouvelle mode, en respectant son esprit, mais sans copier. Dicter la mode avec le style unique et reconnaissable de Pierre Cardin. Nous avons des marques comme Maxim’s, qui doivent être renforcées en termes de force de marque. Maxim’s est en pleine rénovation et ouvrira à nouveau ses portes en septembre et mon désir est de donner à la marque la force qu’elle mérite dans la promotion d’un secteur important comme la gastronomie.

Ensuite, la direction sera celle de promouvoir le groupe Pierre Cardin, toujours dans le respect de son esprit, c’est-à-dire sans publicité, comme tout le monde le fait. Voici les lignes : étonner grâce à la force de la marque, l’art qu’elle dégage et ses idées.

Club Italie-France : Pierre Cardin a marqué l’histoire de la couture à Paris. Est-il possible de trouver un équilibre pour s’inspirer de son travail sans le copier ou le répéter ? Et quelle est alors la clé de cet équilibre ?

Rodrigo Basilicati Cardin : C’est un travail compliqué. Lui même il a toujours voulu aller de l’avant, vers l’avenir. Mais il était toujours reconnaissable, même dans l’innovation. Il m’a rencontré en tant que designer : il a stimulé cette passion que j’avais et a voulu l’alimenter, jusqu’à la création d’une ligne de mobilier pour Pierre Cardin: il m’a permis de créer et d’apporter de nouvelles idées, mais toujours dans le respect de sa sensibilité artistique et des lignes de le groupe. Les créations et les vêtements sont des œuvres d’art. Et être reconnaissable est la clé du succès. Vous devez être reconnaissable dans votre style, sans copier les autres.

Club Italie-France : La culture a toujours été protagoniste dans l’histoire de ce groupe. De Maxim’s, au Festival de La Coste, avez-vous l’intention de renouveler ce fil conducteur entre mode, art et culture dans la politique du groupe ? Vous envisagez également de construire un musée. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Rodrigo Basilicati Cardin : Mon oncle se souciait de la culture, de la promotion artistique, de la philanthropie, parce qu’il croyait que s’il faut dépenser de l’argent pour faire de la publicité, cela doit être fait dans le cadre de la promotion de l’art et non de la promotion d’une simple page de journal ou d’une campagne publicitaire. Il en faisait également une question éthique. En effet, la qualité de la publicité qui découle du contexte culturel est plus stable et solide, précisément parce qu’il s’agit de reconnaître les qualités artistiques associées à la marque. La culture comme moyen de donner la possibilité à d’autres de produire de l’art – bien sûr, dans le style Pierre Cardin – et de promouvoir ceux qui ont du talent.

Le musée, c’est le désir de parler du passé. Mais il est juste de parler d’un homme qui a participé à 70 ans d’innovations. Je pense à ce projet, mais il faut un certain temps pour l’organiser. Nous restaurons en ce moment la Maison Mère et la Boutique : au premier étage, il y aura le musée. Près de 700m2 seront dédiés à lui ainsi qu’à ses inventions.

Club Italie-France : Pierre Cardin était originaire de la Vénétie. Y a-t-il encore de la place pour ses origines italiennes dans la marque aujourd’hui ?

Rodrigo Basilicati Cardin : Il a toujours dit qu’il se sentait italien et vénitien. Attaché et attentif à la propriété et au terrain, comme de vrais Vénitiens. L’être vénitien ressortait aussi de son caractère : face aux défis, nous les vénitiens, on a tendance à dire oui. Nous avons des intuitions, mais les Vénitiens (et les Italiens en général) s’efforcent de faire des choses audacieuses. Ainsi, tous ceux qui travaillent chez Pierre Cardin sont formés à créer face aux défis, à ne pas se laisser intimider et à dépasser ce qui est “classique”. 

Quand nous sommes allés à Porto Marghera pour présenter le projet du Palais Lumière, c’était aussi un symbole de l’attachement de Pierre Cardin à la terre. Porto Marghera a toujours été considérée comme une honte pour Venise. Pierre Cardin pensait qu’en faisant quelque chose pour Porto Marghera, il aurait lancé la pierre pour que d’autres viennent investir dans ce quartier délaissé. Nous avons beaucoup investi et cru à ce projet, qui a ensuite bondi en 2013 à cause de quelques problèmes bureaucratiques. Mais cette envie d’investir, démontre l’attachement de mon oncle à sa terre. Sa nature vénitienne l’a toujours accompagné, comme elle m’a aussi aidé, même dans ma relation avec lui.

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

2 juillet 2021

advertising