Aurélie Filippetti
Personnalités

Aurélie Filippetti

Femme politique

Ministre de la Culture et de la Communication sous la présidence de François Hollande, aujourd'hui elle est la Directrice de Villa Finaly.

Romancière et professeur, Aurélie Filippetti s'est engagée en politique sur le plan régional et national. Elle est élue députée socialiste en Lorraine en 2007 et puis en 2012. Très attachée à sa région de naissance - où sa famille italienne a immigré - dans son roman "Les Derniers jours de la classe ouvrière" elle raconte la vie de son grand-père, résistant arrêté par la Gestapo, et l'histoire des industries minières et sidérurgiques en Lorraine.


Club Italie-France : Vous venez de prendre la direction de Villa Finaly, cette villa florentine qui appartient à la Chancellerie des universités de Paris. Pourquoi cet endroit magnifique est si peu connu en France ? Quels sont les missions et les activités liées à Villa Finaly ? 

Aurelie Filippetti : La Villa Finaly appartient à toutes les Universités de Paris. Elle a été léguée en 1954 à La Sorbonne avec pour mission d’accueillir des chercheurs des universitaires et des étudiants. Elle dispose de 25 chambres pour dès séjour de courte ou moyenne durée  et de trois salle de conférence. C’est un très bel endroit sur les collines de Florence et j’espère y faire vivre , une fois que nous aurons repris une vie normale, des échanges universitaires mais aussi culturels entre France et Italie. Le Recteur de paris qui en a la charge est très impliqué sans ce projet pour lui redonner un rayonnement au service de nos étudiants et universitaire. Enfin en dehors des périodes d’activité universitaire nous accueillerons tous ceux qui ont envie de séjourner  Florence et la Toscane et/ou d’organiser des séminaires et des colloques.   

Club Italie-France : Vous connaissez très bien le monde de la culture, qui est votre monde. Dans un pays qui a fait de la culture son symbole dans les relations internationales, comment jugez-vous la fermeture des librairies pendant le confinement ? Est-il un choix judicieux de laisser la possibilité d’acheter des livres dans les mains des géants comme Amazon ? Quel sera le poids du numérique dans les pratiques culturelles à l’avenir? 

Aurelie Filippetti :  Je regrette ce choix que je pense tous les Français auraient compris. Mais il est toujours difficile de faire comprendre au sein d’un gouvernement que les librairies ne sont pas un commerce comme les autres mais un lieu de vie et de découverte qui peut très facilement se plier à des contraintes de limitation de l’affluence. Ces deux confinement ont encore enrichi les Gafam ce qui est une menace pour la diversité cultuelle. Avec les moyens dont elles disposent ces entreprises sont un véritable rouleau compresseur désormais.  

Club Italie-France : Nous parlons encore trop peu aujourd’hui de la crise du monde de la culture. Pourtant, les artistes-auteurs semblent les oubliés de cette période avec une situation assez précaire. La culture comme la restauration et le divertissement sont vraisemblablement les secteurs qui pourront reprendre leur activité en derniers. Esiste-t-il en France une mesure de protection pour les artistes-auteurs et si oui, est-elle suffisante ? Auriez-vous des propositions à ce sujet ? 

Aurelie Filippetti : Il était juste de prolonger les durées d’indemnisation des intermittents, mais je suis inquiète pour auteurs et plasticiens qui n’ont pas un système de protection sociale. Il faut trouver une solution d’accompagnement pour eux comme pour toutes les entreprises des secteurs de la diversité culturelle.  

Club Italie-France : Votre nom de famille témoigne vos origines italiennes. Quel-est votre rapport avec vos origines? Êtes-vous encore très attachée à l’Italie? Qu’aimez-vous de l’Italie et qu’avez-vous d’italien en vous ?

Aurelie Filippetti : J’aime tout de l’Italie et je m’y sens bien. Bien que profondément française j’en ai une part esszntielle d’Italianité en moi : 3 grands parents italiens sur 4. Deux d’Ombrie et un du Frioul. J’en suis très fière et je ne supporte pas que l’on critique l’Italie. Parfois en france certains responsables politiques ont tendance à jeter un regard un peu condescendant sur les pays qu’ils appellent « du Sud » et n’ont des yeux de Chimene que pour l’Allemagne – oubliant que certains allemands regardent les Français exactement comme cela ! Cela m’insupporte. Nous avons tant en commun et tant de choses à rebâtir ensemble après la pandémie. Notamment notre modèle touristique et culturel sur lequel nous serons plus intelligents ensemble qu’isolés. 

Club Italie-France : L’élection de Biden a été salué par une large majorité des européens. Mais paradoxalement avec Biden au pouvoir, l’Union Européenne ne risque-t-elle pas de perdre une poussée à une majeure unification ? Cette poussée qui était nait grâce à (ou à cause de) l’isolationnisme de Trump et ses menaces, notamment d’embargo ? 

Aurelie Filippetti : Je pense que l’élection de Biden est une excellent nouvelle et un soulagement. Ensuite que l’Europe ne retombe pas dans ses anciennes ornières : il est évident que nous avons besoin d’une autonomie par rapport aux États Unis même avec Biden au pouvoir. Notre politique de défense ne doit nous être imposée par personne. Et cela nous donnera les moyens de continuer à défendre une vision européenne du monde. Rappelons nous de la guerre en Irak à l’époque. L’Europe doit être indépendante. 

Club Italie-France : Vous avez affirmé à plusieurs reprises d’aimer le cinéma italien. Comment pensez-vous que la coopération Italie-France devrait se développer dans le secteur culturel et en particulier dans celui du cinéma ? 

Aurelie Filippetti : À travers de nouvelles coproductions et la relance d’un cinéma européen mais aussi de développement de séries européennes. C’est étonnant que nous n’y arrivions pas encore. Mais cela viendra. C’est ainsi que l’on développe un imaginaire européen. Ensuite j’ai présidé plusieurs festivals de cinéma et je connais l’importance de ces festivals pour promouvoir nos échanges. Ainsi le festival du film italien de Villerupt en Lorraine dans la ville où je suis née marqué chaque année les esprits et contribue fortement à cette culture européenne qui promeut la diversité cultuelle contre l’homogénéisation hollywoodienne.  

Club Italie-France : Au-delà de la culture, à votre avis dans quels domaines l’Italie et la France auraient intérêt à augmenter leur coopération bilaterale pour éventuellement aussi pousser le renforcement de l’Union Européenne ? 

Aurelie Filippetti : Dans la politique des musées par exemple. Recentrer nos musées sur un tourisme plus durable, plus soutenable et au service de l’éducation artistique des jeunes générations mais aussi des plus anciens. C’est indispensable. On ne pouvait plus aller dans nos propres musées en raison de la surfrequentation. Ce modèle de tourisme de masse est dépassé. On doit réinventer autre chose. 

Club Italie-France : Quels sont vos projets pour l’avenir et en particulier, quelles ambitions avez-vous pour Villa Finaly?  

Aurelie Filippetti : Relancer les échanges universitaires et culturels dans tous les domaines. Bien sûr histoire de l’art et traductions de la littérature, mais pas seulement. Tous les domaines de recherche ! L’an prochain nous fêterons à la Villa  l’anniversaire de Dante avec la Società Dante Alighieri. Ce sera un moment formidable. L’humanisme européen qui nous définit est né là.  

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

30 novembre 2020

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