Entrepreneurs

Bernard Cohen-Hadad


Président du Think Tank Étienne Marcel et président de la CPME Paris Île-de France et de la Commission du développement économique du Conseil Economique Social et Environnemental Régional (CESER) en Île-de-France.

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Bernard Cohen-Hadad


Club Italie-France : Vous êtes Président de la CPME Paris Île-de-France. Quel est le rôle de cette institution ? Quels sont les mesures mises en place pour aider les TPE-PME pendant cette période compliquée ?

Bernard Cohen-Hadad : La CPME Paris Île-de-France est un partenaire social dédiée aux TPE-PME sur toute la Région Île-de-France. Notre rôle est double. D’abord un rôle de représentation auprès des pouvoirs publics et des décideurs, pour porter la voix des petites entreprises. Mais nous sommes également aux côtés des entreprises, pour les accompagner au quotidien et dans leur développement. Ainsi, en Île-de-France, il y a 1.2 millions d’entreprises et 97% d’entre-elles sont des TPE PME. L’annonce du confinement est tombée comme un couperet car nous n’y étions pas préparés. Dès le 1er jour du confinement, nous avons mobilisé une cellule de crise pour répondre à toutes les questions, faire remonter les problématiques, et accompagner les entrepreneurs et toutes les TPE-PME franciliennes, quelles que soient leurs activités, à traverser au mieux ce moment inédit dans le décryptage et la mise en place des différents dispositifs d’État. Et les aidés aussi à répondre aux légitimes questions que se posaient leurs salariés.

Club Italie-France : Les dernières élections municipales en France ont enregistré un nouveau record d’abstention. Vous avez parlé à ce propos de « fatigue démocratique qui progresse ». Combien cette fatigue et l’instabilité sociale peut influencer négativement les entreprises françaises ?

Bernard Cohen-Hadad : Les élections municipales ont été marquées par la crise sanitaire, une certaine “lassitude démocratique” et un record d’abstention. A Paris, la campagne électorale a été si riche en rebondissements et en atermoiements qu’elle fût à l’inverse particulièrement pauvre en débat d’idées. Les préoccupations, les attentes, les espoirs des chefs de TPE-PME parisiennes, de leurs collaborateurs et de leurs clients, ont ainsi été éclipsés par cette “drôle de campagne”. Nous  avons adopté  une posture engagée pour une capitale plus “TPE-PME friendly” qui facilite la création, le développement et la vie des petites entreprises, celle de leurs salariés et de leurs clients. C’était novateur, ambitieux et courageux. Les élections sont passées et il faut aller maintenant vers une mandature utile aux parisiens et aux TPE PME. Dans cet esprit, les mois que nous venons de traverser ont montré que l’État peut discuter et travailler avec les partenaires sociaux. Le dialogue social est la clé pour construire « le monde d’après ». Cependant, pour que les échanges futurs soient tout aussi constructifs, l’exécutif national, régional ou municipal, doit prioritairement apporter des réponses aux différentes défiances qui fragilisent aujourd’hui la stabilité sociale de notre pays. Il faut renforcer le mieux vivre ensemble ! C’est le pré requis pour redémarrer dans les meilleures conditions, particulièrement pour les TPE-PME.

Club Italie-France : Le confinement a imposé à une aussi aux TPE-PME le télétravail. Mais maintenant que le confinement est fini, le télétravail saura-t-il modifier durablement la façon de travailler des TPE-PME ? Quelles sont à votre avis les conditions pour que le télétravail ne soit plus considéré juste comme un moyen de travailler pendant une émergence ?

Bernard Cohen-Hadad : Nous avons vécu un télétravail subi, malgré nous. Alors que nous n’y étions pas préparés. Néanmoins nos petites entreprises, nos entrepreneurs et leurs salariés ont bien réagi face à l’urgence. Là où le télétravail est facilité dans les grands groupes, il a nécessité, au sein de nos TPE-PME, une réorganisation rapide. La flexibilité de ces petites structures a permis de limiter au maximum le déplacement des collaborateurs, dans tous les secteurs où il est possible. Cependant, pour qu’il devienne pérenne, il doit être choisi et organisé, à la fois par le chef d’entreprise et par les collaborateurs. Nous devons l’intégrer dans notre nouvelle façon de penser le travail en lien avec les contraintes des mobilités tout en veillant à enrichir le fonctionnement de l’entreprise. Cela demande d’ éviter les postures, d’ouvrir un dialogue social renforcé et de mettre en place des dispositifs adaptés : formation continue à la maîtrise des outils numériques, valorisation des potentiels humains, prise en charge des frais induits pour un télétravail dans les meilleures conditions, etc… Je vous rappelle que plus de la moitié des salariés ont expérimentés le télétravail à l’occasion de la crise sanitaire.

Club Italie-France : Une comparaison avec l’Italie : en Italie les PME représentent le 92% de la totalité des entreprises. La situation en France est similaire ? Pensez-vous que le tissu des PME en Italie et en France soit comparable ?

Bernard Cohen-Hadad : En France comme en Italie, les TPE et PME sont l’épine dorsale de l’économie nationale. En France, tous secteurs d’activités confondus, 99,9% des entreprises sont des TPE et PME. Elles sont majoritaires en nombre mais ne représentent que 45 % de l’emploi. Leur rôle est crucial, en ce qu’elles contribuent massivement au dynamisme de l’économie locale et à la vigueur du tissu social. Elles rythment l’activité du secteur marchand face aux secteurs public et parapublic qui est un autre « mamouth » en matière d’emplois. (source INSEE). L’économie de l’Italie repose, elle aussi principalement sur les PME, mais le marché italien semble plus régionalisé et fragmenté qu’en France. (Source Business France). Cette différence vient de notre histoire. Nous avons toujours été un pays plus centralisé voir jacobins que l’Italie qui a fait son union à la fin du siècle dernier et qui conserve encore de fortes identités régionales. En revanche, dans leurs similitudes, la crise du coronavirus les a impactés de la même façon et les dispositifs déployés ont été relativement identiques. Et nous avons suivi avec attention, et inquiétude pour nos amis italiens, ce qui se passait en Italie qui a été touchée avant la France.  Mais, à l’heure du « post Covid19 », les aides nationales et communautaires doivent continuer à les soutenir et à relancer leur activité.

Club Italie-France : 340 000 entreprises ont leur siège social à Paris. La ville est connue pour son attractivité à niveau européen et international. Ceci est vrai aussi pour les PME ? Paris n’est pas une ville trop difficile pour les petits commerces et les petites entreprises ? 

Bernard Cohen-Hadad : Malgré un contexte difficile ces derniers mois (Mouvements de Gilets Jaunes, Grèves des transports, Covid-19), Paris reste une ville lumière à l’économie dynamique et la plus commerçante d’Europe, avec plus de 62 000 commerces, artisans et services de proximité. Et nous nous réjouissons qu’elle puisse continuer de séduire les investisseurs étrangers, concentre les sièges sociaux et permet le développement d’un écosystème prometteur. Nos TPE-PME, que nous consultons régulièrement, sont unanimes concernant la forte attractivité de notre capitale. Mais c’est vrai, il est parfois difficile d’y vivre et d’y travailler mais Paris reste le cœur de notre pays. Et si certains points restent à améliorer (mobilités, logement, sécurité…) il est important que la ville de Paris et la Région Île-de-France travaillent efficacement avec les acteurs économiques que nous sommes pour faire de Paris une métropole encore plus attractive pour les entreprises, leurs salariés, les touristes et… les investisseurs.

Club Italie-France : Union Européenne et PME : les politiques d’accompagnement de l’UE dédiées aux TPE-PME sont-elles assez efficaces pour protéger nos entreprises vis-à-vis des géants américains et chinois et pour leur permettre de bien profiter de la mondialisation ? 

Bernard Cohen-Hadad : On a troptendance à dire du mal de l’Europe. Je suis fondamentalement européen car l’Europe nous en avons besoin. L’Europe c’est un peu comme l’air que l’on respire. Elle est devenue indispensable. Pensez au rôle de la Banque Centrale pour soutenir les dettes souveraines dans la crise du Covid-19. Tous les Etats en ont bénéficié. Mais c’est vrai, bien souvent, les politiques européennes en faveur des TPE et des PME se font selon une approche « taille unique ». Or, il est impératif d’établir des distinctions entre les différents besoins des nombreux sous-groupes d’entreprises relevant de la définition des PME, soit au niveau communautaire, soit au niveau national. Pourtant les programmes ne manquent pas qui font référence aux « SME’s ». Sans aucun doute nos petites entreprises sont mal outillées (formations, compétences, organisation…) pour répondre aux programmes européens. C’est pourquoi, il faut que les politiques européennes continuent de s’intéresser aux PME et intègrent la diversité des entreprises, secteurs, statuts, enjeux, pour parvenir à un ciblage plus spécifique des mesures.

Par ailleurs et trop souvent encore, en Europe la complexité des règles administratives, qui veut préserver la transparence, le libre accès et l’égalité pour tous, domine dans les politiques de l’UE en faveur des PME. Il existe aussi un manque d’information en direction des acteurs économiques de terrain. Par exemple, les PME connaissent mal l’existence des outils et réseaux de soutien disponibles, en particulier sur le financement. Manque d’accessibilité, besoin de plus  de lisibilité et meilleur communication sont des chantiers où il faut progresser. Enfin, sur la question des géants américains et chinois, l’UE intervient a posteriori pour rétablir une réelle équité. C’est important de le faire dans l’Union et nous pouvons que nous en féliciter.

Exemple : L’instauration en 2019 d’un « droit voisin » pour les agences de presse et les éditeurs de presse, a définitivement été adoptée en France. Cette extension du droit d’auteur permet aux médias numériques de bénéficier de compensations financières lorsque leurs contenus sont réutilisés et diffusés sur les plateformes des GAFA, mais les effets n’avaient pas été anticipés en amont. Je préconise un engagement plus fort, en lien avec les acteurs nationaux en particulier avec les principaux intermédiaires locaux au niveau national et régional (Organisations patronales, associations de PME, chambres de commerce), les impliquer davantage dans la mise en œuvre, la conception et le suivi des outils et des politiques en faveur des PME, recommandations par pays.

Club Italie-France : Pensez-vous que le Brexit pourra avoir un fort impact pour les PME françaises ? Ou s’agit-il plutôt d’une occasion pour avancer dans certains sujets – notamment économiques – qui peuvent améliorer la vie des PME ? 

Bernard Cohen-Hadad : Le Brexit est une plaie qui a été ouverte dans la solidarité européenne. Même si l’histoire du Royaume Uni, comme sa situation géographique, ont montré qu’il aimait faire cavalier seul et était toujours plus « atlantiste » que « continental ». Nous sommes, jusqu’au 31 décembre, dans une période de transition. Si aucun changement « brusque » n’interviendra dans l’immédiat, il est impératif que les entreprises, en particulier les plus petites puissent, en dépit des difficultés qu’elles rencontrent dans le contexte actuel, se préparent à la fin de cette période qui aura évidemment des conséquences. C’est pourquoi, il faut mettre à profit cette période et se préparer à la transition: mesures à prendre en interne pour se mettre en conformité, négociations au niveau européen sur les tarifs douaniers… En bref, être prêt sur tous les plans ! Et commencer de regarder avec ceux de nos partenaires avec lesquels nous devons créer de nouveaux liens ou renforcer ceux existants.

Club Italie-France : Face à la mondialisation et aux grosses entreprises, le problème des PME semble être le financement. Quelle-est la première source de financement pour les PME ? Les banques font assez de confiance aux petits entrepreneurs ? 

Bernard Cohen-Hadad : Le financement de nos entreprises a toujours été, est et sera toujours au cœur de nos préoccupations. Et parmi eux les délais de paiements. Trop souvent encore les grands groupes comme les collectivités locales paient mal leurs sous-traitants. Les retards de paiements cumulés s’élèvent à plus de 12 milliards d’euros en France.  C’est colossal. Et cela malgré la mise en place d’amendes records et du « name and shame ». Pour aller plus loin sur le sujet, nos TPE PME sont en manque de fonds propres. Et justement, la plupart des TPE-PME sont majoritairement financées sur fonds propres, ou, dans le cas des startup, sur de l’investissement privé, via des levées de fonds. Sur les banques, elles sont effectivement été  frileuses dans le passé. Depuis le travail que nous avons construit pour améliorer le dialogue banques PME, au sein de l’observatoire du financement des entreprises crée en 2008, de grands pas ont été faits les uns vers les autres.

Nous avons appris à nous parler, à travailler ensemble et aussi à respecter nos positions. Mêmes divergentes. Et je suis très fier d’avoir été un des acteurs de cette avancée. Les 12 dernières années ont permis de mieux nous connaître. L’arrivée de la Banque Publique d’Investissement (BFI France), que j’avais appelé de mes vœux a permis d’ouvrir aussi la palette des financements en accompagnement des demandes faites aux banques. Ce mouvement doit continuer malgré la crise sanitaire. Il doit même se renforcer afin de donner aux TPE-PME la possibilité de se développer pour conquérir de nouveaux marchés et pour l’emploi. La commande publique peut également être un levier de financement efficace ; mais aujourd’hui, force est de constater que la grande majorité des marchés publics est plus accessibles aux grandes structures. Il est nécessaire qu’un « quota PME » soit prévu, en nombre comme en valeur. Nous avons donc besoin d’un vrai « small business act » à la française avec une dimension non seulement nationale mais aussi, pour ne pas dire prioritairement, territoriale. 

Club Italie-France : Quelles sont, selon vous, les réformes que les pouvoirs publics devraient mettre en œuvre pour les PME ? Quelles devraient-être les priorités en matière de réformes sociales pour les PME ?

Bernard Cohen-Hadad : Depuis 2017, l’Etat à travers les ordonnances et les lois s’est engagé dans une politique en faveur des TPE PME (Loi travail, loi PACTE, Droit à l’erreur…). La crise sanitaire ne doit pas sonner le glas de cette politique.Des réductions durables de cotisations patronales et de charges sociales ont été annoncées dans le cadre du plan de relance. Alléger la fiscalité de ceux qui créent l’emploi et la richesse est toujours une bonne chose. Mais ces impôts, qui financent les collectivités, devront être pris ailleurs. La fiscalité en France doit être restructurée dans son ensemble, avec plus d’égalité, pour les français comme pour les entreprises. Nous ne pouvons pas être indéfiniment les leaders des impôts de productions, du coût du travail ou de l’impôt sur les sociétés ! Ces évolutions sont indispensables. Et si on maintient le cap de ces réformes on ne peut qu’aller dans le bon sens d’une nouvelle donne, « un new deal »  pour nos TPE PME.

Un autre point majeur est la numérisation de nos entreprises. C’est une révolution que nous devons intégrer tant en matière de relations fournisseurs, relations clients et de contact avec nos salariés. On voit le bon qu’a fait le sans contact en matière de paiements avec la crise sanitaire. L’Entreprise 4.0 est donc un défi primordial pour TPE PME et nous avons besoin de financements publics pour y arriver.  Autre point,  la simplification de nos outils et de l’ensemble de nos démarches administratives. Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus complexe. N’en rajoutons pas… Nous devons mettre en place des portefeuilles électroniques sécurisés qui renferment les documents essentiels des TPE PME ( Kbis, fiches de paie, qualifications…) afin d’alléger les demandes de documents administratifs et simplifier durablement les procédures. Donner plus de temps aux entrepreneurs c’est favoriser la confiance et leur permettre de se concentrer sur leurs métiers, aller chercher de nouveaux clients, recruter, dialoguer avec celles et ceux qui les entourent. 

Club Italie-France : Un des points de force des PME en Italie c’est le fait qu’elles arrivent à exporter même en étant des structures très petites (parfois à gestion familière). Quel est le bilan en termes d’exportation pour les PME françaises et en Île-de-France ? 

Bernard Cohen-Hadad : Les PME italiennes sont plus exportatrices que nos PME françaises. C’est une tradition de curiosité et de mobilités. N’oublions que Marco Polo était Vénitien !  Il existe, en France, un vrai manque d’acculturation à l’export, notamment à cause de la langue. C’est aussi une sorte de complexe. Mais aujourd’hui avec les nouveaux patrons et chefs d’entreprises ces verrous commencent à sauter. Les mentalités évoluent. On n’hésite pas à essayer et à réessayer « rebondir ». Mais malheureusement, la concurrence est rude et pour beaucoup de nos PME la première tentative à l’export est souvent la dernière, parce que mal préparée, mal lancée, mal ou peu accompagnée. Il faut que les initiatives  l’export aillent au-delà d’un seul marché et bien au-delà des 3 ans. Les réformes engagées notamment avec la loi PACTE pour simplifier les démarches et améliorer l’accompagnement  des TPE et PME  à l’export doivent permettre d’améliorer le développement de nos entreprises sur de nouveaux marchés. Je crois aussi au rôle de leader des grands groupes qui peuvent ouvrir des voies nouvelles dans les pays tiers et prendre dans leur sillage les TPE PME avec lesquels ils travaillent régulièrement. On a coutume de dire que les entreprises allemandes « chassent en meute ». Même si je n’aime pas cette expression, il faut essayer de faire de même « travailler ensemble » et favoriser la coopération de nos entreprises, quelles que soient leur taille, dans la conquête de marchés internationaux, notamment en filières.

Club Italie-France : D’après des récentes études, en France le chômage continue d’augmenter, mais en revanche les PME n’arrivent pas à trouver le personnel dont elles ont besoin. Quel-est le problème dans le marché du travail français ? Quel est votre approche concernant l’emploi des jeunes ?

Bernard Cohen-Hadad : Cet automne750 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi et vont chercher à s’insérer professionnellement cet automne dans un contexte économique très difficile. Le gouvernement a prévu une enveloppe de 6,7 milliards d’euros pour soutenir l’emploi des jeunes. Cette rentrée est un peu celle de tous les dangers, avec la reprise du virus et la multiplication des zones rouges dans les bassins d’emploi.  Les stages, quant à eux, se font de plus en plus rares et les salons professionnels sont fermés. Pourtant, ce sont des moyens de mettre un premier pied dans l’entreprise puis de se faire embaucher. Il faut  inverser la tendance et encourager les entreprises à recruter alors que les carnets de commandes peinent encore à se remplir. Et si ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement se penche sur la situation des jeunesses, il faut assumer de mettre les moyens financiers dans la durée et ne rien s’interdire en matière de dispositifs. En effet, on parle globalement des « jeunes de 16 à 25 ans » mais les jeunes sont en réalité une mosaïque. Des disparités fortes existent au sein « des jeunesses » entre les étudiants qui connaissent une précarité temporaire, le temps de leurs études, et les jeunes, peu ou pas diplômés, qui doivent faire face à une précarité durable. Et la fracture se creuse, de plus en plus, entre diplômés et sans-diplômes. Les jeunes, peu ou pas diplômés, sont le plus souvent issus des quartiers populaires (QPV). Ainsi en Île-de France, 17,9% des demandeurs d’emplois, de moins de 26 ans, résident dans les QPV ! Ce sont eux qui sont aussi mis à l’écart du marché du travail, vivent le chômage ou enchaînement des contrats précaires. Cette jeunesse est, de fait, exposée au risque d’exclusion sociale durable avec pour conséquences une impossibilité de subvenir à ses propres besoins, des difficultés pour se loger, mais aussi un sentiment d’inutilité sociale et de souffrance psychologique. Dans un souci de cohésion sociale, et aussi de l’indispensable attention pour les générations futures, nous devons enrayer cette spirale et encourager les jeunes à se projeter dans un avenir autre que celui d’un manque de perspectives.

Quand au le marché du travail en France, comme en Île-de-France, est tendu. Nous faisons face à la concurrence des pays qui pratiquent le dumping social. Et il n’est pas envisageable de le concurrencer. Mais il faut garder aussi à l’esprit que s’il existe des personnes éloignées de l’emploi, beaucoup de nos TPE-PME peinent à recruter les talents et les compétences dont elles ont besoin. Au niveau régional francilien, nous avons besoin d’adapter les offres de formation aux vraies attentes des entreprises. C’est pour ces raisons que nos TPE PME doivent accompagnée afin de mieux recruter et de maintenir les salariés dans l’emploi.

Club Italie-France : La France vient de se doter d’un plan de relance. Quelle est votre analyse pour les PME franciliennes ?

Bernard Cohen-Hadad : Suite à la présentation du plan “France Relance” de 100 milliards d’euros qui sera adossé aux budgets de l’État pour 2021 et 2022,  on doit saluer l’engagement fort et durable du Gouvernement aux côtés des TPE-PME mais sa mise en œuvre doit être  territorialisée au niveau des régions et simplifiée au plan administratif. Le choix d’une relance par l’offre équilibrée entre court et moyen terme est pertinent car c’est à 95% l’entreprise qui crée de l’emploi et de la croissance, donc de la redistribution sociale. Le choix d’un soutien puissant aux TPE-PME, en fléchant vers elles un quart des investissements productifs. C’est indispensable alors que le retour aux niveaux d’activités économiques 2019 n’est pas attendu avant 2022 et que la situation des indépendants, traditionnellement mal protégés par le modèle social français, est particulièrement préoccupante. On peut saluer le report du durcissement des conditions du chômage partiel  (le taux de remboursement par l’État doit passer de 85% à 60%); la poursuite de l’effort pour l’activité partielle de longue durée; l’extension des délais de remboursement des Prêts Garantis par l’Etat (PGE) par les PME au-delà de la 1ère année, avec des taux d’intérêt bas compris entre 1% et 3%; la mise en place d’un nouveau système d’emprunts à long terme (7 ans) avec une garantie de l’État ; l’extension de la prime de 4 000 € pour l’embauche d’un jeune de moins de 26 ans à toutes les personnes en situation de handicap, sans limite d’âge, pour tout contrat de travail signé entre le 1er septembre 2020 et le 28 février 2021 ; la baisse pérenne des impôts de production tout particulièrement favorable aux TPE-PME ; et la numérisation à grande échelle des TPE-PME. J’espère surtout que la mise en œuvre de ce plan soit territorialisée et simplifiée afin que les milliards du plan de relance fléchés vers nos entreprises ou le verdissement de l’économie ne soient pas synonymes de nouvelles normes contraignantes pour les TPE-PME.

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

12 septembre 2020

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