Entrepreneurs

Christophe Debien


Président de l'Organisation pour le climat et l'économie circulaire

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Christophe Debien


Club Italie-France : Vous êtes Président de l’OCCE, l’Organisation pour le Climat et l’économie circulaire. Quels sont les axes clés pour l’OCCE?

Christophe Debien : Basée à Bruxelles, la Fédération d’intérêt général européen OCCE, agit au coeur des décisions du Green New Deal européen pour un changement de société par l’économie circulaire, la protection du climat et les Green-Techs. L’OCCE a également pour but l’émergence de nouvelles technologies et startups ; la réflexion, la mutualisation, les échanges, la sensibilisation et l’information pour la promotion de la transition écologique, de l’économie circulaire et du climat en Europe et dans le Monde. Les membres de l’OCCE sont convaincus qu’un 2.0 de l’économie circulaire pour une croissance verte en Europe et dans le Monde, est possible par la fédération d’un grand nombre de solutions locales intelligentes, d’acteurs et d’organisations éclairés.

L’OCCE apporte son soutien et ses connaissances pour la construction de projets innovants vers l’économie circulaire. Les méthodes de l’OCCE se structurent avant tout autour des mécanismes d’appuis financiers proposés par l’Union Européenne, en faisant profiter l’innovateur de son réseau de territoires et de fonds d’investissements adhérents afin de bâtir son projet dans les meilleures conditions possibles. L’OCCE facilite la recherche de financements pour les projets de l’économie circulaire avec l’appui des fonds d’investissement, de la Banque Européenne d’Investissement et de l’Union Européenne. Outre les possibilités de garanties, les actions de l’UE favorisent l’accès à des fonds nouveaux pour renforcer les capacités des structures privées d’investissement. L’OCCE a également pour vocation de créer des points de convergence entre porteurs de technologies, projets et territoires d’expérimentation pour l’économie circulaire.

Club Italie-France : le Green New Deal sort affaibli à cause du nouveau plan Next Generation UE. Malgré tout, pensez-vous que sacrifier le Green New Deal (réduire les fonds à lui destiner) pour relancer les pays victime du coronavirus était inévitable ?

Christophe Debien : Nous vivons une crise sanitaire suivie d’une crise économique, sans précédent et, en effet, les pays victimes de la COVID 19 bénéficieront de fonds européens destinés à les aider dans cette situation de crise ou post-crise. Néanmoins, l’Union Européenne a lancé dès la fin 2019, un grand plan européen pour une économie verte, locale et décarbonée : le Green New Deal qui reste la principale ligne d’actions pour la période 2021-2027 avec des engagements financiers qui ont été pris par la Commission Européenne.

Club Italie-France : On entend souvent parler de finance verte, et pourtant la majorité des citoyens européens ont encore du mal avec ce terme. Comment est-il possible de combiner outils financiers avec une approche verte et circulaire ? La finance -comment on la connaît – peut-elle respecter les écosystèmes ?

Christophe Debien : Évoqué depuis plusieurs années déjà, le développement durable requiert un équilibre entre l’humain, l’environnement et l’essor économique. Le rôle du secteur financier dans cette transition écologique est central. La finance doit impérativement s’adapter elle aussi, à ce contexte en mutation. Entreprises privés, secteur public, particuliers, institutions financières, ou encore organismes de régulation doivent s’ouvrir et intégrer les processus pour une finance plus verte. En effet, la rentabilité de la finance doit absolument prendre en compte la dimension environnementale, à la fois dans les ressources prises à la nature, mais également dans les rejets émis vers le climat et les écosystèmes. La responsabilité écologique et sociale devrait faire partie intégrante des facteurs de performance pour les investissements. Le soutien de la finance à l’écologie dépend de la qualité et la quantité d’instruments d’investissement disponibles. Le coût de la réduction des émissions de carbone sur le PIB reste minime par rapport au rendement potentiel sur le long terme. De plus, des revues économiques ont démontré que l’inaction face au changement climatique serait largement plus coûteuse que la mise en oeuvre d’actions préventives. De même, des mesures tardives nécessiteraient des actions rigides et non graduelles.

Selon les estimations, les investissements en efficacité énergétique depuis ces dernières années passeront en épargne globale nette à partir de 2025. Pour appuyer cette tendance, il est nécessaire d’encourager la course aux innovations du marché et des instruments financiers, la disponibilité des crédits liés aux énergies renouvelables, la notation d’investissement verts et le soutien aux marchés énergétiques émergentes. De plus, un déficit d’investissement estimé à 180 milliards d’euros par an doit être comblé pour parvenir aux objectifs de développement durable des Nations Unis. Pour combler ce déficit, l’Union européenne met en place une série de mesures visant à stimuler les investissements vertes (taxonomie, labellisation pour les produits financiers verts, etc.). Cependant, des mesures supplémentaires seront nécessaires afin d’assurer une transition absolue vers une finance circulaire et durable. Il est donc important de réfléchir et agir ensemble en incluant toutes les activités et tous les agents économiques afin d’apporter une réponse efficiente et continue.
Pour l’OCCE, les axes clés inhérents à la finance verte pour l’économie circulaire sont les suivants :

  • Appuyer le plan vert pour la relance industrielle de l’UE et pour le Green New Deal Européen avec de nouveaux critères et outils financiers verts et circulaires,
  • Répondre à l’Urgence environnementale, en comblant le déficit d’investissement vert et en atteignant les objectifs de la COP21,
  • Accroitre les flux financiers vers une finance respectant les écosystèmes, pour des projets responsables tournées vers l’avenir

Club Italie-France : Quelle est la différence entre une économie de recyclage et une économie circulaire (et leur impact dans l’environnement) ? Encore une fois, il s’agit de concepts que l’on entend souvent, mais dont la signification n’est pas toujours claire pour l’opinion publique …

Christophe Debien : L’économie circulaire, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels, prouve déjà que l’efficience de l’utilisation des ressources créée à la fois de la valeur économique, sociale et environnementale. Son objectif ultime est de parvenir à découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles par la création de produits, services, modèles d’affaire et politiques publiques innovants. Il s’agit par exemple de rallonger les flux de matière (réemploi, recyclage) et de produits (écoconception sans toxique ni obsolescence programmée, réparation, réutilisation puis recyclage) tout au long de la vie du produit ou service. Ce modèle repose sur la création de boucles de valeur positives à chaque utilisation ou réutilisation de la matière ou du produit avant destruction finale. Il met notamment l’accent sur de nouveaux modes de conception, production et de consommation, le prolongement de la durée d’usage des produits, l’usage plutôt que la possession de bien, la réutilisation et le recyclage des composants. La gestion des déchets ne peut plus se réduire à une conséquence du modèle de production actuel. L’optimisation de l’utilisation des ressources par une écoconception pensée en amont transforme la gestion des déchets en une simple étape de la boucle matière.

Club Italie-France : Aujourd’hui avons-nous des preuves scientifiques pour affirmer le lien entre économie linéaire et certains épisodes épidémiologiques ? Si oui, pensez-vous que la sensibilisation de l’opinion publique soit assez forte ?

Christophe Debien : La situation sanitaire actuelle souligne l’impact du système économique linéaire sur la santé environnementale. Nombreuses études ont démontré les effets délétères des polluants atmosphériques sur le système respiratoire. Pour y faire face, l’économie circulaire assure une performance économique et écologique autonome. Dans un contexte où la santé publique est fragilisée, les modes de vie sont fortement bouleversés. Chaque action quotidienne qui semblait pourtant basique, se voit repensée. La qualité de l’environnement et son impact sur la santé sont plus que jamais d’actualité. Avec le programme Clean Air for Europe, la prévision des hospitalisations devait diminuer de 47 000 CAS en 2020 ; et celle des décès prématurés devait réduire de 135 000 CAS par an. Mais ces estimations sont bousculées par la situation sanitaire actuelle, révélant ainsi la vulnérabilité de nombreuses franges de la population présentant entre autres des pathologies respiratoires chroniques.

La faible capacité d’adaptation du système de défense des personnes âgées et leur capacité antioxydante locale réduite, sont autant de facteurs qui aggravent leur sensibilité aux pollutions de l’air. Il faut rappeler que ces polluants (ozone, COV, particules, SO2, NO2) agressent et contribuent à la détérioration de l’appareil respiratoire de l’Homme. Les conséquences sont alors nombreuses comme l’augmentation des affections respiratoires, la dégradation de la fonction ventilatoire, la recrudescence de la morbidité cardio-vasculaire ou encore, l’endommagement des défenses de l’organisme. De même, la pollution atmosphérique fragilise les voies respiratoires en amplifiant les allergies polliniques. Pour ces raisons, il est nécessaire, voire urgent que l’opinion publique s’empare de ces sujets d’importance vitale, ce pourquoi, l’OCCE oeuvre actuellement sur la création d’un média européen dédié à la transition écologique et à tous ses sujets associés.

Club Italie-France : L’OCCE fournit également un accompagnement pour les Startups et les PME. Comment s’articule votre mécanique d’accompagnement pour les entreprises désireuses de se lancer sur un projet d’innovation ?

Christophe Debien : Les méthodes de l’OCCE se structurent avant tout, autour des mécanismes d’appuis financiers proposés par l’Union Européenne, en faisant profiter l’innovateur de son réseau de fonds d’investissements privés et de territoires afin de bâtir son projet dans les meilleures conditions. Développer une innovation à travers l’Union Européenne, c’est aussi assurer un positionnement de ses solutions sur l’ensemble du continent, en bénéficiant d’un cadre renforcé de protection de la propriété industrielle et intellectuelle. L’OCCE a constitué une mécanique d’accompagnement qui place l’innovateur au coeur du processus. Notre objectif étant de libérer l’économie circulaire et l’envie initiale du porteur d’innovation, sans jamais le brider, avec des conditions optimums de protection de l’idée et de la technologie apportées, pour consolider et faire émerger l’entreprise qui résultera des travaux de prototypage et de démonstration. Pour ce faire, la société innovante ou la startup désireuse d’être accompagnée par l’OCCE devra en devenir adhérente et déposer de façon très sécurisée, son projet sur notre plateforme http://www.emergence-startups.eu/

Club Italie-France : Existe-t-il des pays « bons élèves » sur l’avancement de l’économie circulaire ? La France et l’Italie font assez d’efforts à ce sujet ?

Christophe Debien : La France et l’Italie, comme d’autres pays européens, sont de bons élèves dans le développement de l’économie circulaire. La France a d’ailleurs promulgué il y a quelques mois, sa loi anti-gaspillage pour une économie circulaire et l’Italie travaille d’arrache-pied sur le sujet. Les entreprises, collectivités et associations actrices du changement et de la transition écologique, jouent bien entendu, un rôle essentiel auprès des instances gouvernementales de leur pays. L’OCCE se positionne comme un miroir entre les acteurs de chaque pays européen, la Commission Européenne et le Parlement Européen afin d’informer, d’agir et d’associer les idées et les projets. L’union fait la force !

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

3 août 2020

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