Didier Lechien
Interviews

Didier Lechien

Maire de Dinan

Maire de la célèbre cité médiévale qui compte 71 monuments historiques, il est également vice-président de la Communauté de Dinan.

Depuis son élection en 2014, il est intervenu à plusieurs reprises au niveau national, pour obtenir l'aide et le soutien de son territoire. En 2015, Didier Lechien a été élu président de Coeur Émeraude, une association qui regroupe 66 communes de la Côte d'Émeraude.


« On ne peut comprendre l’histoire de l’Europe sur le temps long sans appréhender cette relation si particulière et si intense qui existe entre l’Italie et la France. »

Club Italie-France : Avant d’être maire de Dinan, vous avez été Professeur Universitaire en Italie et en France. A votre avis comment développer davantage la coopération Universitaire entre nos deux pays ? Certes, l’Erasmus est un projet très intéressant, mais peut-être insuffisant. Serait-il souhaitable de créer des nouvelles synergies entre les systèmes scolaires de la France et de l’Italie avec des projets scolaires communs ?

Didier Lechien : Les coopérations universitaires entre la France et l’Italie sont riches et anciennes. Elles ont vocation à s’approfondir. Nos deux pays partagent une culture commune qui s’est nourrie des nombreux échanges intellectuels, artistiques, scientifiques, qui se sont développés au fil des siècles. Elle s’est nourrie aussi de controverses parfois puissantes. On ne peut comprendre l’histoire de l’Europe sur le temps long sans appréhender cette relation si particulière et si intense qui existe entre l’Italie et la France. Les « deux sœurs latines » ont développé des systèmes d’éducation qui ont réservé une place importante à la force de l’art et de la culture dans la construction de l’individu. C’est dans cette perspective que doivent s’inscrire les coopérations universitaires entre nos deux pays. Ces échanges, déjà nombreux, méritent d’être développées. En 2018, l’Ufficio Scolastico Regionale d’Ombrie et l’académie de Dijon ont signé une convention de partenariat. Ces initiatives méritent d’être encouragées afin de favoriser la mobilité d’élèves, d’enseignants, ainsi que la mise en place de projets communs dans les domaines linguistiques et culturels.

Club Italie-France : Dinan est une ville au cachet médiéval. Son château du 14e siècle et en contrebas, le petit port de plaisance sont des sites très appréciés, ainsi que les maisons à encorbellement. Avez-vous un endroit préféré, un endroit qui vous parle le plus ?

Didier Lechien : Dinan est en effet une ville remarquable par la qualité et la richesse de son patrimoine. Ville d’art et d’histoire, elle compte de nombreux monuments classés au titre des monuments historiques. La ville a traversé les âges. S’en dégage une atmosphère unique. Le temps semble s’y être arrêté. Et le visiteur ne sera pas surpris, alors que le soir tombe peu à peu sur la ville, d’entendre le chant des ménestrels ou le cliquetis des armes des chevaliers bretons. Le château construit au XIV° siècle par le Duc de Bretagne, Jean IV, est d’un grand intérêt architectural, à l’image du château royal de Vincennes. Véritable résidence princière, il accueillait le Duc et ses proches lors de ses séjours à Dinan qui était alors une des principales villes du duché. En 2019 une nouvelle scénographie, à la fois moderne et pédagogique, a été mise en place.

Le grand écrivain, François René de Chateaubriand, dont on connaît aussi l’amour pour l’Italie, fit une partie de ses études à Dinan. Dans ses mémoires, il écrit « Dinan, orné de vieux arbres, remparé de vieilles tours, est bâti dans un site pittoresque, sur une haute colline au pied de laquelle coule la Rance ». Dinan possède de nombreux sites exceptionnels : l’abbaye de Léhon niché dans son vallon au bord de la Rance, le port de plaisance que l’on atteint après une croisière inédite, la rue du Jerzual et ses nombreux artistes, 2,8 kilomètres de remparts, ce qui en fait une des plus longues enceintes fortifiées de France, les nombreux couvents, ses églises, ses maisons à pan de bois … et tant d’autres choses encore.

Club Italie-France : Vous avez été réélu Maire de Dinan avec 66% des suffrages exprimés. Quels sont les anciens chantiers sur lesquels vous aimeriez continuer à travailler et quels sont les nouveaux chantiers que vous souhaitez lancer ?

Didier Lechien : J’ai été élu maire de Dinan pour la première fois en 2014. Nous avons alors lancé de nombreux chantiers sur l’espace urbain, engagé la rénovation de rues et de places. Nous allons poursuivre cet effort. Mon souhait est qu’à la fin de ce mandat, nous ayons terminé la rénovation du centre historique. Nous allons ainsi engager la restructuration complète de la Place Saint Sauveur, véritable écrin au cœur de la ville. Concernant le patrimoine, nous poursuivrons notamment la mise en valeur du rempart. Les autres quartiers de la ville ne sont pas oubliés. Ainsi le quartier de la gare fait l’objet de travaux importants, avec notamment la création de voies cyclables. De nombreux autres chantiers nous attendent ; comme la création d’une cité des arts dans l’Abbaye de Léhon ou d’équipements sportifs qui profiteront au plus grand nombre. J’aime passionnément Dinan, et mon enthousiasme et mon ambition, au début de ce second mandat, sont intacts.

« Loin du tourisme de masse, nous voulons offrir des prestations de qualité et un cadre unique. C’est pourquoi nous sommes très attachés à préserver l’authenticité de notre ville. »

Club Italie-France : En 2019, la ville de Dinan a vu une augmentation exponentielle de la fréquentation de son Port de plaisance de 15 % par rapport à l’année précédente. En général, le tourisme est une activité très importante pour votre région. Comment comptez-vous développer davantage le secteur du tourisme à Dinan en sachant qu’en Bretagne l’offre est très élevée ? Et également, comment limiter les dégâts dans ce secteur à l’ère du Covid-19 ?

Didier Lechien : Dinan accueille environ 700 000 visiteurs par an. 40% de ces visiteurs sont étrangers. Outre un patrimoine exceptionnel, le visiteur y trouvera de nombreuses animations, des festivals de musique, des commerçants de qualité, de nombreux artistes et artisans d’art dont certains ont un savoir faire unique en Europe. C’est tout cela qui fait le charme de Dinan. Ce sont ces atouts que nous voulons préserver et valoriser. Loin du tourisme de masse, nous voulons offrir des prestations de qualité et un cadre unique. C’est pourquoi nous sommes très attachés à préserver l’authenticité de notre ville. Le centre historique de Dinan fait l’objet de règles d’urbanisme d’exception. Le règlement du secteur sauvegardé nous permet de protéger notre ville, mais aussi la qualité de notre cadre de vie. Car Dinan ce n’est pas seulement une ville qu’on a plaisir à visiter, c’est aussi une ville ou il fait bon vivre.

Quant au port de plaisance, il a vu récemment sa fréquentation augmentée. Cela tient à deux raisons. L’emplacement tout d’abord. Au fond de l’estuaire de la Rance, au pied des remparts de la ville et à l’abri du pont médiéval, un endroit unique où l’on trouve beaucoup de quiétude. Les travaux de modernisation que nous avons entrepris ensuite. Le port bénéficie désormais de nouveaux équipements (pontons, bornes électriques …) qui ont renforcé son attractivité.

La crise du Covid aura bien évidemment des conséquences. A commencer pour les cafés, hôtels et restaurants qui vivent du tourisme. Nous nous inscrivons dans la dynamique engagée par la région Bretagne qui a lancé une vaste campagne de promotion, notamment à destination des touristes locaux et nationaux. Compte tenu des circonstances, les français auront à cœur cet été de découvrir ou de redécouvrir leur pays. Les touristes étrangers et européens ne seront sans doute pas tous au rendez vous cette année. Mais nous les accueillerons avec beaucoup de plaisir dès que cela sera possible. Cette crise nous conforte dans notre ambition de développer un tourisme de qualité, en privilégiant la mise en valeur de nos monuments ainsi qu’une programmation culturelle inédite. Notre ville a su préserver son authenticité, son originalité, c’est cela qui en fait sa force et son attrait, et plus encore dans l’ère post covid.

Club Italie-France : Parmi vos touristes, vous comptez beaucoup d’italiens. Est-ce que vous avez des projets touristiques ou des partenariats avec l’Italie ou envisagez-vous d’en mettre en place ?

Didier Lechien : Les italiens ont toujours été nombreux à visiter Dinan. Pour le moment nous n’avons pas de partenariats spécifiques avec l’Italie, mais nous sommes ouverts au développement et à l’intensification de ces échanges. L’Italie compte de nombreuses villes historiques qui connaissent des problématiques comparables aux nôtres. Et nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. C’est aussi comme cela que se construit l’Europe.

Club Italie-France : En 2001 le projet « Le Pays de Dinan » a vu la lumière : le but était de créer un espace de partenariat pour coordonner, impulser et aider les collectivités. La ville de Dinan est à la 8ème place des villes les plus recherchées par les repreneurs dans le secteur de l’industrie. Donc, non seulement tourisme, mais aussi industrie. Quels sont à votre avis les défis les plus importants pour une bonne stratégie de développement économique à Dinan ?

Didier Lechien : Dinan occupe une position stratégique en Bretagne. Idéalement situés, nous sommes à quelques kilomètres de notre capitale régionale, Rennes, à quelques kilomètres de la mer et de Saint Malo. Le prix du foncier disponible, tant pour les entreprises, que pour les particuliers est moins élevé que sur la métropole rennaise, ou sur le littoral. Par ailleurs nous sommes bien desservis, par les moyens de communication. Des voies rapides, deux lignes TGV irriguent le territoire. En 2017, un nouvel établissement public de coopération intercommunale a vu le jour. Il regroupe les 64 communes situées dans la zone d’influence de Dinan. Fort de 98 000 habitants, couvrant un territoire qui va du centre Bretagne à la mer, cet établissement permet de renforcer les liens et les coopérations entre les communes dans de domaines aussi divers que le développement économique, le tourisme, l’urbanisme, le traitement des déchets, la qualité de l’eau …

Notre territoire compte aussi des entreprises performantes qui témoignent de son dynamisme et de son savoir faire. Ces entreprises sont présentes dans l’électronique, l’agro alimentaire, la sidérurgie. Outre les conditions d’accueil des entreprises (terrains, pépinière d’entreprises, réseau local d’entrepreneurs, aides divers, la fibre est en cours d’installation …) une stratégie de développement réussie est nécessairement multifactorielle. Le cadre de vie exceptionnel qui est le nôtre participe à l’attractivité économique. Il faudrait évoquer aussi la présence d’établissements scolaires de qualité, de clubs sportifs, d’une intense vie culturelle. Tout cela doit être mis en avant lorsqu’on veut convaincre un entrepreneur de s’installer.

Club Italie-France : Le sujet de l’environnement inquiète l’opinion publique. Jusqu’à présent l’action des institutions en la matière a été absolument insuffisante. Mais la pandémie nous a peut-être démontré que dans les prochaines années un changement sera nécessaire. Quelle place aura l’environnement à Dinan ?

Didier Lechien : La transition écologique, la protection et la mise en valeur de notre environnement sont au cœur des politiques municipales. Nous cherchons par exemple à développer les alternatives au tout voiture : mise en place d’un réseau de transports en commun gratuit, aménagement de liaisons piétonnes entre les différents quartiers, de voies cyclables. Depuis plusieurs années la ville de Dinan n’utilise plus de produits phytosanitaires pour entretenir l’espace urbain. Par ailleurs, dans nos restaurants scolaires et sur nos marchés, nous privilégions les circuits courts et les producteurs locaux. C’est aussi dans cette dynamique que s’inscrit nos actions en faveur de la reconquête du logement vacant, notamment dans le centre ancien. Malgré toutes ces initiatives, de nombreux chantiers restent à entreprendre. Nous souhaitons par exemple protéger davantage nos paysages en limitant la consommation foncière.

Dinan est aussi très engagée dans le projet du futur parc naturel régional vallée de la Rance – Côte d’Emeraude. Ce projet rassemble 74 communes située de part et d’autre de la Rance. Sa création emporte des engagements forts des communes adhérentes en matière d’environnement, d’urbanisme. Le PNR invite ainsi à tisser davantage de liens entre les habitants et avec le territoire, la nature, ses richesses humaines d’hier et d’aujourd’hui. Le défi relevé est de préserver la biodiversité, les paysages et les patrimoines et d’encourager une économie locale diversifiée et pérenne. Nous espérons que le PNR verra le jour au plus tard en 2022. Sa création est une des grandes ambitions que mon équipe et moi même portons aujourd’hui.

« En 2019, nous avons célébré les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. C’était une façon de reconnaître tout ce qui fait notre vie commune, dans le domaine des arts, de la culture, des sciences, de la recherche, de l’innovation.« 

Club Italie-France : La France et l’Italie sont économiquement et culturellement très liées. A votre avis comment nos pays pourraient développer davantage la coopération à échelle régionale et territoriale ?

Didier Lechien : Peu de peuples ont été aussi liés à l’une à l’autre, et aussi influencés l’un par l’autre que la France et l’Italie. Cette histoire commune, à la fois féconde et douloureuse, est un voyage dans le temps. Ces fructueux échanges culturels, artistiques, musicaux, ont façonné nos immenses patrimoines culturels et littéraires. Ces liens, hérités de l’histoire et fortifiés par le présent, passent de façon privilégiée par l’éducation et la recherche. En 2019, nous avons célébré les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. C’était une façon de reconnaître tout ce qui fait notre vie commune, dans le domaine des arts, de la culture, des sciences, de la recherche, de l’innovation. L’intensification des échanges entre les jeunes de nos deux pays doit être une priorité. Aider les étudiants, les lycéens, à se découvrir davantage, à mieux voyager en réfléchissant sur les enjeux artistiques, culturels, sociétaux participe non seulement à leur construction individuelle, mais aussi à l’intensification des relations franco italiennes, si nécessaires à la construction de l’Europe.

Nos deux pays ont désormais ancré leurs destins dans le processus de construction européenne. On ne peut oublier l’éloquente participation italienne à la marche des nations déchirées du vieux continent vers l’Union européenne. Les noms du comte Sforza, de Benedetto Croce, d’Altiero Spinelli, du président Alcide de Gasperi appartiennent désormais à notre patrimoine commun. Nous avons, dans nos villes, dans nos territoires, un rôle essentiel à jouer à la fois pour maintenir vivante l’espérance des pères fondateurs et retrouver cette ambition commune qui nous a tant fait défaut ces dernières années.

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

2 juin 2020

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