Laurianne Rossi
Interviews

Laurianne Rossi

Questeure de l’Assemblée nationale

Laurianne Rossi est Députée des Hauts-de-Seine et Questeure de l’Assemblée nationale. Très impliquée sur les questions de mobilité, de développement durable et de politique de la ville, elle est membre de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Elle a travaillé plusieurs années dans le domaine du logement et du transport jusqu’à son élection en 2017. Responsable des relations du mouvement la République En Marche avec les groupes parlementaires LaREM de l’Assemblée nationale et du Sénat, Laurianne Rossi est également vice-présidente de l’Observatoire de l’éthique publique, think tank dédié à la transparence de la vie publique.”


Club Italie-France : Vous êtes petite fille d’émigrés italiens en France : vos origines vous ont de quelque façon inspirée ou guidée ? 

Laurianne Rossi : En effet, mes grands-parents paternels et mes arrière-grands-parents maternels étaient italiens. J’ai grandi dans le Var avec ces racines piémontaises, napolitaines et siciliennes : sacré mélange ! Je crois que leur parcours n’est pas sans lien avec mes engagements et mon mandat actuel. Leurs vies d’immigrés italiens n’étaient pas simples, ils étaient pourtant si fiers et si redevables à la France de cet accueil. C’est par le travail et l’intégration qu’ils ont rendu à la République la protection et la liberté qu’elle leur a offert. Mes parents m’ont donné cette même éducation. Je suis riche de ces origines, riche de cette double culture et de ce regard européen, qui continuent à me guider dans mon mandat parlementaire. Évidemment, une fois élue députée, j’ai tenu à rejoindre le groupe d’amitié France-Italie de l’Assemblée nationale !

« Je suis convaincue que la France et l’Italie peuvent dépasser les relations tendues de ces dernières années pour jouer enfin un rôle moteur dans la relance du projet européen. »

Club Italie-France : L’Europe aujourd’hui avec le coronavirus démontre toute sa faiblesse : face à la pandémie, chaque État a sa politique sanitaire et son niveau de transparence à niveau des informations. L’Italie a commencé très tôt le confinement, d’autres pays comme la France l’ont suivie, d’autres ont tardé. De plus, il y a eu très clairement dans la première phase, un manque de solidarité, et la distinction entre pays “cigales” (la France comme l’Italie en feraient partie) et pays fourmis (Allemagne et Pays Bas). La France et l’Italie pourraient trouver un accord pour conduire une renaissance du projet européen qui est compromis aux yeux de beaucoup de citoyens ? 

Laurianne Rossi : Le continent européen paie le plus lourd tribut à l’épidémie de Covid-19. Il est vrai que les réponses sanitaires face à cette crise sont propres à chaque pays ; tous n’ont pas été affectés au même moment et de la même manière et chacun a agi dans l’urgence. On peut déplorer qu’il n’y ait pas eu de réponse européenne commune à la hauteur de la crise, parfois même un manque évident de solidarités. Cependant l’Europe a su jouer un rôle important, dans la gestion des rapatriements, le don de matériels, les transferts sanitaires ou encore les transports. Il faut souligner le rôle de la France dans ces actions.

Cette crise inédite est clairement une mise à l’épreuve des institutions et des mécanismes de solidarité entre États-membres de l’Union européenne. Nous devrons faire de la santé une priorité européenne, nous doter d’une gouvernance européenne adaptée aux temps de crise et capable d’avoir une action coordonnée, souveraine et solidaire.

La France a toujours défendu la mise en place d’une réponse européenne coordonnée, au-delà des stratégies nationales. Dans ce contexte, le couple franco-italien a un vrai rôle à jouer. Le déplacement du Président Emmanuel Macron au 35e sommet franco-italien, le 27 février dernier, a été l’occasion de réaffirmer cette volonté, en soulignant l’importance d’une coopération bilatérale renouvelée.

Je suis convaincue que la France et l’Italie peuvent dépasser les relations tendues de ces dernières années pour jouer enfin un rôle moteur dans la relance du projet européen. Les discussions ont parfois été difficiles, mais elles ont pu déboucher sur des décisions communes fortes, notamment sur la non fermeture de nos frontières communes ou encore des achats conjoints de matériels d’assistance respiratoire et d’équipements de protection.

Club Italie-France : Le 27 février dernier, Emmanuel Macron était à Naples pour relancer le Traité du Quirinale et renforcer les liens diplomatiques avec l’Italie. Quels sont les domaines à niveau de coopération bilatérale sur lesquels l’Italie et la France auraient intérêt à collaborer le plus ? Sommes-nous sûr que l’Allemagne (qui a toujours eu un rapport diplomatique privilégié avec la France) verra de bon œil le développement du traité ? 

Laurianne Rossi : Cette date du 27 février est importante. Elle sonne la relance des relations bilatérales entre la France et l’Italie qui ont réaffirmé leur volonté de renforcer leur coopération en signant dans les prochains mois le Traité du Quirinale. Je suis véritablement convaincue que ce partenariat ambitieux entre nos deux pays peut servir l’avenir du projet européen, de manière complémentaire et non concurrente du couple franco-allemand.

Les liens économiques entre la France et l’Italie sont déjà importants, nos échanges commerciaux représentaient l’an dernier plus de 85 milliards d’euros. Toutefois, cette interdépendance économique entre nos deux pays n’est pas aussi structurée que ne l’est celle entre la France et l’Allemagne. L’objectif est donc de renforcer cette coopération, déjà bien engagée dans les domaines de l’industrie automobile, de la défense, ou encore des transports avec le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin. L’épidémie de Covid-19 nous rappelle combien il est essentiel de renforcer la souveraineté économique et industrielle européenne. La coopération franco-italienne saura y contribuer, en s’étendant, pourquoi pas, à d’autres domaines stratégiques (agriculture, santé, industrie, technologie). La politique migratoire de nos deux pays sera également un enjeu important à l’issue de cette crise.

« Je suis d’origine italienne, j’ai grandi dans le Var, je vis depuis plus de 10 ans en Ile-de-France, je suis fière d’être française, mais aussi profondément européenne et citoyenne du monde ! L’UE n’est pas une menace pour le fait régional, bien au contraire. »

Club Italie-France : Les identités régionales, en Italie comme en France, semblent beaucoup souffrir pour la difficulté de garder leur identité face à l’Union Européenne. Est-il possible de coupler identités régionales, nationales et européennes ? 

Laurianne Rossi : Ne perdons pas de vue la devise de l’UE : « Unis dans la diversité ». Je crois aux identités multiples, tant qu’elles ne se traduisent pas par le repli identitaire ou nationaliste ou inversement par l’uniformisation. Je suis d’origine italienne, j’ai grandi dans le Var, je vis depuis plus de 10 ans en Ile-de-France, je suis fière d’être française, mais aussi profondément européenne et citoyenne du monde ! L’UE n’est pas une menace pour le fait régional, bien au contraire. Le Comité européen des régions et le FEDER sont de puissants outils pour développer et faire rayonner les régions dans l’espace européen. L’UE subventionne bon nombre de projets de développements territoriaux et son action pour le rayonnement de la culture, la préservation des traditions et patrimoines locaux n’est plus à démontrer.

Il ne faut pas se tromper de combat. Le problème n’est pas tant la force de l’identité régionale ou nationale, mais bien la difficulté à faire vivre une véritable conscience et citoyenneté européennes.

Club Italie-France : L’Europe entière est en lockdown. Mais cette phase ne pourra pas durer longtemps. En France, vous avez lancé avec 60 collègues parlementaires la plateforme citoyenne le @jourdapres. Pourriez-vous nous expliquer comment vous avez eu l’idée et quoi vous vous attendez de ce projet ? 

Laurianne Rossi : Gérer l’urgence de la crise sanitaire que nous traversons ne doit pas nous empêcher de penser dès à présent la sortie de crise et le nécessaire changement de modèle économique, social et écologique que nous devrons opérer. C’est tout le sens de la plateforme citoyenne « Le jour d’après », lancée avec 60 autres parlementaires afin de préparer et de repenser ensemble le jour et le monde d’après. Pour cela, toutes les contributions seront utiles. C’est pourquoi j’ai apporté mon soutien à cette plateforme citoyenne, ce parlement ouvert qui permet la société civile, à nos concitoyens, aux ONG de pouvoir contribuer. La crise est loin d’être terminée, tout ce qui peut créer du débat public et toutes les idées capables de nourrir notre action sont les bienvenus.

« Nous devrons être à la hauteur de l’enjeu avec une réponse sociale forte, un véritable changement de logiciel économique, souverain et respectueux de nos engagements climatiques. »

Club Italie-France : Le populisme, en France comme en Italie, peut tirer parti de la crise sanitaire du coronavirus. Quelle sera la réflexion économique à faire quand l’émergence sera terminée ? Pendant le confinement, ceux qui font tourner le pays, ont été les caissières, les infirmiers, les livreurs, souvent peu/mal payés. Il y a peut-être une réflexion à faire, tout comme sur la relocalisation de certaines productions … 

Laurianne Rossi : Actuellement, les leaders populistes européens manient le silence, la critique et la désinformation, en utilisant cette épidémie à des fins politiques qui menacent clairement nos démocraties et le projet européen. Ils instrumentalisent déjà la crise économique et sociale pour en faire une crise démocratique. Nous devrons être à la hauteur de l’enjeu avec une réponse sociale forte, un véritable changement de logiciel économique, souverain et respectueux de nos engagements climatiques. Là aussi, la France et l’Italie ont des réponses communes à apporter.

Club Italie-France : Quels sont à votre avis les trois priorités pour les 10 années à venir pour la France et l’Union Européenne ? 

Laurianne Rossi : Préserver nos démocraties et réinventer le projet européen. Lutter contre les fractures sociales et les inégalités qui font le lit du populisme. Bâtir notre souveraineté économique, industrielle, sanitaire, alimentaire, en respectant notre environnement et notre modèle social.

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

22 avril 2020

advertising