Interviews

Manu Katché

Musicien, Producteur

Manu Katché est un batteur, auteur-compositeur, parolier et interprète français. Au cours de sa carrière il a joué avec des nombreux artistes dont Joni Mitchell, Sting, Peter Gabriel, Dire Straits, Pink Floyd, et l’italien Pino Daniele.

Manu Katché a suivi dès son enfance une formation classique et a connu très tôt la célébrité à partir de 1986 en jouant sur l’album So de Peter Gabriel. De 1985 à 1988, il fait partie du groupe Préface comme batteur et chanteur, et d’avril 2007 à la fin de 2011, il présente sur la chaîne Arte l’émission musicale One Shot Not et du 28 mars au 20 juin 2010 sur France Inter, l’émission Musicalities. Dans son dernier album, The Scope, la musique africaine semble être le fil rouge : un hommage à ses origines africaines. Il partage avec nous ses idées et sa carrière pleine de rencontres. De 1985 à 1988, il fait partie du groupe Préface comme batteur et chanteur, et d’avril 2007 à la fin de 2011, il présente sur la chaîne Arte l’émission musicale One Shot Not et du 28 mars au 20 juin 2010 sur France Inter, l’émission Musicalities. Dans son dernier album, The Scope, la musique africaine semble être le fil rouge : un hommage à ses origines africaines. Il partage avec nous ses idées et sa carrière pleine de rencontres.


 » Certains vont être inspirés par un parcours culturel riche et divers, d’autres par une vie familiale, d’autres encore vont préférer voyager et faire des rencontres, les sources d’inspirations peuvent aussi provenir de la nature. »

Club Italie-France : Selon votre idée, quelle-est la source primaire d’inspiration pour un musicien ?

Manu Katché : Je pense qu’il en existe plusieurs ! Chaque être humain avec son éducation, sa personnalité et son “background” est inspiré selon…Certains vont être inspirés par un parcours culturel riche et divers, d’autres par une vie familiale, d’autres encore vont préférer voyager et faire des rencontres, les sources d’inspirations peuvent aussi provenir de la nature (contemplatif ), de la lecture, etc… ou bien quelque chose qui tout simplement nous dépasse, qui nous envahit de sons et de mélodies et qui à un moment se transforme en besoin d’écrire et de créer!

Club Italie-France : Votre nouvel album « The Scope », semble mélanger la modernité -représentée par les machines – et certains éléments classiques. Quel a été le fil conducteur pour sa réalisation ? Quel point de votre carrière représente-t-il ?

Manu Katché : Absolument ! C’était mon intention ! Je désirais incorporer les machines, les instruments électriques, des samples et des voix ! Jusqu’à présent, j’évoluais surtout dans un univers acoustique et organique, très mélodique et assez peu rythmique. J’ai voulu, pour ce nouvel album, intégrer la plupart de mes influences de mes jeunes années, des choses que j’ai pu jouer aux côtés d’artistes avec lesquels j’ai été “ Sideman”, afin d’essayer de positionner mon jeu, rempli de tout cela. L’idée, qui a été le fil conducteur de ce projet était de baser les morceaux sur des gimmicks et ensuite des grooves, aussi bien d’instruments que de ma propre voix ! plus quelques “featuring” !

Je ne peux pas franchement dire à quel point de ma carrière cet album se situe, s’il est un virage ou autre chose, mais ce que je peux affirmer c’est que j’avais très envie de changer un peu mes codes musicaux et offrir au public un album musical groovy, accessible dès la première écoute, permettant à tous de ressentir un plaisir immédiat.

 » Le French Touch via pas mal d’artistes français, s’est imposée à l’international. »

Club Italie-France : Vous etes le batteur français le plus connu dans le monde et également celui qui s’est imposé en Amérique comme en Angleterre, considérées comme les patries de la musique. Quel est votre sentiment ?

Manu Katché : Un sentiment de réussite, venant de mon petit coin de banlieue parisienne, écoutant à mes débuts tous ces immenses artistes, que j’ai par la suite rencontré et pour certains, accompagné ! C’est un réel accomplissement, non calculé et inattendu. Je crois aussi que la musique des années 80, permettait ce genre d’investissement et de reconnaissance, aujourd’hui, où la musique est devenue plus un produit, les musiciens ne sont pas sollicités pour les mêmes demandes… Néanmoins, cela peut faire réfléchir pas mal de musiciens français qui pensent être nés du mauvais côté de la Manche ou de l’Atlantique, se dire que tout est réalisable et que la personnalité musicale avec laquelle on s’exprime peut devenir une marque de fabrique (Trademark), et une référence. Pour exemple la “French Touch”, qui via, pas mal d’artistes français, s’est imposée à l’international.

Club Italie-France : Avant de travailler la batterie et les percussions, vous avez suivi une formation classique, notamment en commençant par la danse vers l’âge de 5 ans, et après avec le piano. Comment cette formation classique a conditionné votre parcours ?

Manu Katché : Je pense que oui, certainement ! Tout d’abord d’avoir évolué avec une vraie discipline de travail ainsi qu’une routine que j’utilise encore aujourd’hui quand je compose. On peut appeler cela un conditionnement… par cet apprentissage, c’est l’écoute qui fondamentalement est différente et surement autre que si j’avais été autodidacte. L’ouverture classique de mon enseignement et de mon premier instrument ont évidemment contribué à l’écoute et à l’appréciation des musiques en général mais avant tout elle a contribué à préciser et diriger mon approche et mon placement en tant qu’instrumentiste. Je ne pense pas que ce soit la seule règle, mais c’est la mienne, celle que je connais et qui m’a permis de devenir ce que je suis.

Club Italie-France : Vous avez joué dans des albums épiques de Sting, Peter Gabriel, Jan Garbarek et également avec Pino Daniele, un des chanteurs, auteurs et compositeurs les plus appréciés en Italie : quel est l’expérience qui vous a marqué le plus ?

 » Mon idée n’était pas de “démocratiser” la musique, mais plutôt d’élever le débat. »

Manu Katché : Il m’est quasiment impossible de répondre à cette question en citant un de ces artistes. Ils ont été, chacun, à un moment précis de ma vie et de ma carrière, des artistes très importants pour mon évolution musicale. Je pense que chacun d’entre eux m’a donné la possibilité, à travers leur musique, d’exprimer des choses personnelles via mon instrument qui, en les réunissant par la suite et au fil du temps, s’est imposé comme la définition propre de mon style ! Un vrai privilège donc d’avoir pu naviguer entre plusieurs cultures et références et d’avoir pu affiner mon jeu et mon style avec très peu de compromis !

Club Italie-France : Entre autres, vous avez réalisé et coprésenté avec Alice Tumler – en collaboration avec la chaine ARTE – l’émission One Shot Not entre 2007 et 2011. Pourquoi cette idée ? Était-il une tentative de démocratiser la musique ?

Manu Katché : J’avais depuis longtemps l’envie de faire une émission sur la musique à la télévision, avec un caractère un peu pointu ! Arte m’en a donné la possibilité, et j’ai été ravi de le faire pendant quatre années, malheureusement la télé du service public en France est assez complexe et si “One shot Not”, s’est arrêté trop vite… à mon goût, c’était plutôt pour des raisons internes à Arte qu’à un manque d’audience. Mon idée n’était pas de “démocratiser” la musique, mais plutôt d’élever le débat et de montrer à tout un chacun, des artistes rarement présents dans les médias, donc peu vus du grand public, peu joués sur les radios, peu interviewés et qui malgré tout cela ont marqués fortement la musique de la dernière décennie et de celle en cours.

Club Italie-France : Que signifie-il « avoir une attitude jazz » ?

Manu Katché : Je n’en ai absolument aucune idée ! Si on s’empare des clichés existants depuis des années, cela pourrait être : avoir une attitude relax, nonchalant., une certaine élégance aussi, cigarette aux lèvres et verre de Gin …Tout comme cette attitude “Rock”, qui a été plutôt galvaudée aussi, à cause de moult reportages, films ou photos d’artistes en situations diverses, qui n’étaient pas forcément ce qu’ils étaient dans la réalité, mais qui a contribué à dépeindre une certaine attitude les concernant !

 » Je crois qu’aujourd’hui le Jazz s’est ouvert à beaucoup d’autres genres musicaux et a su faire preuve d’originalité afin d’évoluer de manière assez large. »

Club Italie-France : On a l’impression que le public jazz est très différent de celui pop, moins réactif et que le jazz reste toujours un peu plus élitaire que le pop. Qu’en pensez-vous ?

Par définition, oui, le public Jazz est différent de celui de la Pop et du Rock, moins réactif, je ne pense pas, j’ai fait et vu quelques concerts de Jazz ou l’ambiance dans la salle était électrique et très énergique, comme lorsque l’on assiste à un concert Rock. Élitaire, peut-être, en tout cas, dans les années passées surement, je crois qu’aujourd’hui le Jazz s’est ouvert à beaucoup d’autres genres musicaux et a su faire preuve d’originalité afin d’évoluer de manière assez large.

Si l’on écoute Charlie Parker, Miles Davis ou John Coltrane et que l’on écoute Glasper aujourd’hui, on se rend bien compte que ce monde Jazzystique à beaucoup évolué et je dirais même que le Jazz permet, grâce à l’improvisation et à sa richesse harmonique, d’intégrer beaucoup d’autres genres musicaux, de les mélanger pour finalement créer de nouvelles tendances !

written byDaisy Boscolo Marchi
Daisy Boscolo Marchi

1 février 2020

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