Interviews

Inès de la Fressange

Styliste de mode, femme d'affaires

Muse de Chanel, créatrice, entrepreneuse et journaliste de mode.

Créatrice et icône de mode, femme d’affaires, modèle, écrivain, femme engagée et mère attentive, Inès de La Fressange incarne le chic sophistiqué et minimaliste à la française, un style de vie qu’elle a partagé dans son livre « la Parisienne » et surtout dans sa boutique éponyme au 24 rue de Grenelle à Paris.


« Il est indéniable que les femmes tiennent un grand rôle dans l’industrie du luxe. »

Club Italie-France : Vous êtes ambassadrice d’Inspired by Her, un programme de MGallery by Sofitel (hôtels de luxe et boutiques à travers le monde) destiné aux femmes. Une approche qui prend en compte les besoins et les attentes des clientes féminines, qui représentent plus de 40% du volume d’affaires. Est-ce un exemple de parité et une prise en compte d’un monde qui évolue ?

Ines de la Fressange : Je dirais juste « prise en compte » sans « monde qui évolue » ! (rires). Les femmes interviennent dans de nombreux choix et ont une énorme influence, on le sait parfaitement dans l’industrie automobile par exemple ; Aussi la France et l’Italie ont en commun l’industrie du luxe qui dans chacun des deux pays figure parmi les entreprises qui réussissent le mieux notamment dans les pays asiatiques et là il est indéniable que les femmes y tiennent un grand rôle.

« Sans équilibre de la vie personnelle il est illusoire d’atteindre une réussite professionnelle » « [il faut] fuir l’idée de perfection ! »

Club Italie-France : Trouver le juste équilibre entre sa vie personnelle, le travail, la famille, les amis, les relations, vous incarnez une idée du bonheur et de la réussite. Quelle est votre idée de la femme en 2020 ?

Ines de la Fressange : Les années 80’ et 90’ ont beaucoup demandé aux femmes, une image de perfection totalement irréelle et irréalisable ; Aujourd’hui on oublie cette « wonder woman » pour chercher un véritable épanouissement. Sans équilibre de la vie personnelle il est illusoire d’atteindre une réussite professionnelle donc le secret est je pense de savoir évaluer ses priorités et fuir l’idée de perfection !

« Oser assumer ses différences et ne pas vouloir imiter . »

Club Italie-France : Dans votre métier, vous avez transgressé les codes en ne voulant pas vous limiter à être un beau visage, vous avez proposé une nouvelle conception de la mode et du rapport avec les couturiers et de la profession en donnant l’image (et la voix !) d’une femme courageuse et libre. Quels conseils donneriez-vous aujourd’hui aux jeunes femmes ? 

Ines de la Fressange : Oser assumer ses différences, ne pas vouloir imiter et affronter les préjugés et les conventions avec conviction. Parfois même nos amis veulent nous freiner car ils se sentent concernés par notre avenir, il faut donc apprendre à écouter ses instincts, prendre des risques et surtout relativiser !

Club Italie-France : Vous avez été le mannequin français la plus célèbre et talentueuse, vous avez collaboré avec les stylistes qui ont fait l’histoire contemporaine de la mode tels que Christian Dior, Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier, Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld. Quels sont aujourd’hui les stylistes qui vous inspirent ?

Ines de la Fressange : Merci !J’ai en effet travaillé avec tous ces créateurs talentueux que j’ai admirés et qui m’ont finalement beaucoup appris comme des professeurs. Designer moi-même aujourd’hui je ne peux pas dire que je sois « inspirée » par d’autres créateurs car chaque styliste a son style mais néanmoins j’apprécie beaucoup le talent d’Haider Hackerman, Jacquemus ou Isabel Marant.

Club Italie-France : La mode s’inspire de la rue, de notre propre curiosité et de notre observation, de la capacité de réinterpréter d’autres cultures, de la créativité, des innovations technologiques. Quelles sont vos principales influences ? Quel est votre regard sur l’évolution de la mode et sur ce qu’elle transmet de notre société ? Quelle(s) image(s) avons-nous de nous-mêmes ? 

Ines de la Fressange : Oouhh votre question est dense ! (rires). Disons que je crée les vêtements que je cherche, que j’aimerais porter et dans toutes sortes de situations pour me sentir bien. Aujourd’hui je continue à m’informer sur ce qui se fait mais parfois j’ai l’impression que c’est destiné aux podiums plus qu’à celles à qui je pense : les clientes.

Club Italie-France : Vous êtes une femme d’affaires avec le lancement de votre marque, l’ouverture de votre boutique éponyme, des collaborations avec les marques Roger Vivier, Aigle, Petit Bateau, Bensimon, Uniqlo et vos produits vendus dans plusieurs pays et en ligne sur inesdelafressange.fr, Yoox et Farfetch. Avez-vous des projets d’expansion ?

Ines de la Fressange : En effet je travaille énormément et sur de multiples projets passionnants. Ma principale fierté est d’avoir ma propre marque évidemment et pour qu’elle continue à exister il faut continuer à la développer donc projets et collaborations n’arrêtent jamais : au printemps il y aura par exemple une collaboration avec Monoprix pour une ligne de produits de décoration « Camping chic » !

« L’absence d’humour me semble de mauvais goût »

Club Italie-France : Votre marque représente une idée de la beauté et du bonheur au quotidien entre prêt-à-porter et objets de décoration intérieure. Votre newsletter hebdomadaire « La lettre d’Ines » et votre compte Instagram nous permettent de vous connaître un peu mieux et de partager vos intérêts. Que voulez-vous transmettre et quelle est l’importance de la qualité de contact ?

Ines de la Fressange : Le luxe français peut hélas souffrir d’une image guindée, hautaine ou condescendante ce qui n’est pas du tout mon idée de l’élégance ; L’absence d’humour me semble aussi de mauvais goût mais à vrai dire je fais les choses assez spontanément sans penser à l’aspect marketing ! Aujourd’hui les réunions dans les entreprises se font beaucoup autour de l’interactivité avec les clients et l’image de la marque et tout cela me rase, je préfère la confiance et la complicité que j’ai avec ceux qui me suivent.

« Che bello !  Moins de complexe : plus de gaîté ! »

Club Italie-France : L’élégance parisienne, c’est une façon de porter les choses pour se mettre en valeur plutôt que de montrer ce que l’on a. Quelle serait votre interprétation du style italien ?

Ines de la Fressange : En Italie il y a cette expression « che bello ! » que tout le monde utilise donc le beau est dans la culture, pour le créer, l’admirer, en être fier. Moins de complexe : plus de gaîté !

Club Italie-France : Votre famille est particulièrement attachée à l’Italie par votre histoire familiale. Quels sont vos endroits préférés ? Qu’aimez-vous de l’Italie ? Vous sentez-vous un peu italienne ?

Ines de la Fressange : En effet mes deux filles descendent d’une famille napolitaine(d’Urso et Serra di Cassano), j’aime particulièrement la côte amalfitaine, Conca dei Marini près d’Amalfi, sa cuisine (Panzerotti i pizzette), Roberto Murolo, les sandales « Safari » de Positano mais aussi l’humour napolitain.

Je travaille aussi avec un fameux italien :Diego della Valle dont j’admire les compétences et le bon sens et bien que je sois très française je dois dire que je me sens proche des italiens et certainement plus que la plupart des français. Mais en tout cas nous avons le foot en commun n’est-ce pas ?! (rires)

« Un jour peut-être un italien ouvrira une boutique Ines de la Fressange Paris »

Club Italie-France : A Milan on peut découvrir votre marque dans le concept store Milaura corso Garibaldi. Vous connaissez certainement bien la capitale de la mode italienne grâce aux nombreuses fashion weeks. Vous êtes ambassadrice de la marque japonaise Uniqlo qui a prévu d’ouvrir un flagship store à Milan cette année. La marque pourra-t-elle compter sur votre présence ?

Ines de la Fressange : Auparavant j’allais très souvent à Milan, j’ai plusieurs amies là comme Enrica Massei ou Marpessa Henninck alors toutes les occasions seront bonnes pour y retourner ne serait ce que pour aller manger de petits paninis chez Cova ! Un jour peut-être un italien ouvrira une boutique Ines de la Fressange Paris…

written byChloé Payer
Chloé Payer

14 janvier 2020

advertising