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Raffaele Jerusalmi est membre du conseil d'administration et PDG de Borsa Italiana ainsi que membre du conseil d'administration du London Stock Exchange Group.Après avoir obtenu son diplôme en Disciplines économiques et sociales à l'Université Bocconi en 1988, Raffaele Jerusalmi a commencé sa carrière à Milan et a ensuite rejoint Credit Suisse First Boston à Londres. Il a rejoint Borsa Italiana SpA en 1998.

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Raffaele Jerusalmi


Raffaele Jerusalmi débute sa carrière dans la banque en travaillant pour le Crédit Suisse à Londres pendant 5 ans. De 1988 à 1993 il est responsable des services des revenus fixes (fixed income) et dérivés à la Cimo Spa de Milan puis, de 1993 à 1998, non seulement il est directeur des divisions de trading pour le revenu fixe italien au Crédit Suisse First Boston, mais aussi membre du groupe de trading obligataire de Londres.

En 1998, Raffaele Jerusalmi commence à travailler à la Bourse Italienne comme Directeur Exécutif et de 1998 à 2007, il est responsable des marchés boursiers, des dérivés et des revenus fixes. La fusion de la Bourse de Milan a été effectuée sous son impulsion. En 2007, à la suite de l’intégration du London Exchange Group et de la Bourse Italienne, il fait désormais partie du Comité Exécutif du LSEG.

A partir du 1er Avril 2010, il devient l’administrateur délégué de la Bourse Italienne, faisant suite à la décision de Massimo Capuano de lui en en laisser la charge. Jerusalmi est conseiller de l’Administration de Monte Titoli, la Caisse de Compensation et de Garantie MTS, pour laquelle il est également vice-président et conseiller d’administration de la Bourse Italienne ; il est en outre directeur des marchés de capitaux de la Bourse de Londres à niveau international pour tous les marchés du groupe.

Club Italie-France : La Bourse de Milan clôt 2017 avec une augmentation de 22% : on peut parler d’un résultat vraiment important aussi bien qu’en termes de performances qu’en IPO. L’Italie redevient-elle attractive pour les investisseurs étrangers ?

Raffaele Jerusalmi : Assurément oui, l’Italie a souffert plus que les autres pays européens de la crise financière de 2008. Nous parlons donc des années 2008, 2009, 2010, 2011, lorsqu’il y a eu la crise financière, liée d’abord au monde bancaire puis ensuite étendue aux titres d’état au crédit des pays en conséquence de la prétendue crise de l’euro. L’Italie comme hub financier a été un des marchés qui a le plus souffert et a été particulièrement pénalisé, aussi parce que l’indice des principaux titres italiens était composé en majorité par des banques, des compagnies d’assurance avec une grande exposition dans le secteur financier avec un indice affaibli. L’année dernière, nous avons enregistré la meilleure performance des Bourses européennes et l’année 2018 commencera sur cette perspective. A ce jour, et même cette année, nous représentons le meilleur marché européenne et nous espérons que cette tendance puisse continuer.

Club Italie-France : L’Indice du Made du made in Italy, c’est-à-dire le FTSE Italia Brands, lancé le 18 Décembre dernier à la bourse de Milan est représentatif de l’excellence italienne avec 22 entreprises comme Ferrari, Damiani, Luxottica, Moncler, Piquadro, Salvatore Ferragamo, Tod’s, Yoox Net-à-Porter. Quelles sont les opportunités que peut obtenir le Made in Italy à travers le monde et quel sera le futur de l’industrie de la mode et du luxe ?

Raffaele Jerusalmi : L’Italie et le marché financier italien, surtout ces dernières années sont devenus des points de référence dans le secteur, à échelle internationale. En tant que représentants de la  Bouse italienne, nous avons beaucoup investi pour attirer toujours plus d’entreprises pour être cotés sur les marchés.  Coter des sociétés signifier les valoriser, et en cela nous avons obtenu de bons résultats. Nous avons ensuite cherché à les estimer ultérieurement, avec des initiatives d’indice des italian listed brand : ce sont les marques qui représentent actuellement ce que  notre industrie financière et notre marché peuvent exprimer de mieux en termes d’ excellence italienne, même si ces sociétés ne sont pas évidemment les seules. Il y en a beaucoup d’autres, en dépit d’être cotées, qui ne jouissent pas de cette reconnaissance internationale pour les faire entrer dans le top 22, et même dans le top 30. Il n’y aurait pas de nombre défini. Nous comptons 67 marques déjà cotées actuellement avec un niveau de reconnaissance élevé sur notre marché, avec d’autres qui ont la possibilité d’en faire partie.

L’idée de lancer un indice sur ces marques vitrines est celle de créer un vecteur poussant les entreprises à s’établir à l’international, afin de devenir hypothétiquement une manière simple de pouvoir identifier le meilleur du made in Italy dans le monde. Nous ressentons qu’il y a une place conséquente dans ce secteur pour les entreprises italiennes et que l’excellence transalpine est reconnue à l’international dans tous ses domaines ; mais les pays étrangers ne connaissent peu ou pas très bien certains secteurs d’activités ! Si on cite Ferrari, tout le monde connait. Il va sans dire qu’il y a des marques autrement reconnues en Italie comme Brembo, reconnue dans le monde et dans le secteur des marques spécialisées, qui ne jouissent pourtant pas d’un niveau de notoriété élevé comme celui de Ferrari, même en étant une entreprise efficace en termes de taux de pénétration élevés du marché mondial. Notre objectif est celui de mener les entreprises dans des salons que nous faisons à l’international afin de leur offrir une plus grande visibilité. Nous estimons qu’elles ont un potentiel énorme !

J’aime citer des entreprises récentes pour valoriser notre mémoire collective. Par exemple, Technogym, entreprise connue à l’étranger et plus ou moins en Italie, a réussi à trouver, grâce à sa cotation actuelle une nouvelle accélération de sa croissance qui a surpris le fondateur de sa société, Nerio Alessandrini. La cotation n’est pas seulement un moyen de pouvoir rassembler les capitaux ; il faut se rendre compte aussi que la visibilité de l’entreprise, de la marque et de son nom commence à se diffuser dans le monde même sans y être sollicitée. Les entreprises ont toujours été habituées à se faire connaître du grand public avec de grandes campagnes publicitaires, en dépensant beaucoup d’argent. Ces publicités sont utilisées à des fins de notoriété spontanée. Mais les sociétés se rendent compte qu’avec cette cotation publicitaire, non seulement elles ne recueillent pas les capitaux escomptés, mais se retrouvent projetées de manière délibérée sur les écrans de toutes les plus grands groupes financiers. A chaque fois que les entreprises font des annonces qui évoquent des résultats, les noms et les marques sont reproduits. Je pense que cette cotation est révélatrice d’une valeur intangible néanmoins très importante à prendre en compte.

Club Italie-France : Le paysage économique italien est riche de réalités entrepreneuriales de haut niveau. En revanche, il s’avère qu’une culture financière qui manquait là depuis quelques années, limite l’introduction en Bourse de certaines entreprises. Quelles sont les mesures qui pourraient être adoptées pour permettre à l’écosystème entrepreneurial italien de se développer ?

Raffaele Jerusalmi : Je tiens à préciser que la cotation sur les marchés constitue une étape importante pour une entreprise mais elle est n’est pas fondamentale. Elle n’est pas nécessaire afin qu’une société puisse s’internationaliser, grandir et devenir plus conséquente. Il existe des entreprises excellentes en Italie qui n’ont jamais été cotées et qui ne le seront sans doute pas, en ayant eu un parcours de croissance et d’internationalisation extraordinaires. Le monde change et devient de plus en plus compétitif. La croissance dimensionnelle nécessaire pour être en compétitivité dans certains secteurs, rend plus complexe le fait de croître de manière organique, en comptant seulement sur les ressources financières des sociétés. En tant qu’observateur de ces dynamiques, je constate une grande prise conscience de la part des entrepreneurs italiens sur  le fait que la finance soit considérée comme un instrument très important et donc, non moindre. Avant, les banques étaient distributrices de crédit pour tout ce qui concernait l’activité traditionnelle. Mais pour tout ce qui est des activités complémentaires, la majeure partie des sociétés devrait commencer à comprendre que la cotation sur les marchés boursiers offre une véritable alternative.

Le programme ELITE représente la modalité pour lesquels la perception et le grade de cotation des entrepreneurs italiens, en termes financiers, étaient bas, en n’étant pas pas un sujet boursier mais un thème d’accès aux marchés des capitaux. Ce projet instrumental vise à mettre les entreprises en condition pour rassembler de manière optimale les capitaux.

Si ensuite, les entreprises ne sont pas prêtes ou ne possèdent pas les caractéristiques propres pour entrer en bourse, peu importe. Mises en condition de croissance, ces dernières recueillent les capitaux pour faire que des projets ambitieux puissent se réaliser. C’est dans cet esprit qu’est né le projet ELITE. Nous sommes convaincus que la cotation optimise les entreprises, ce qui est démontré par nombre d’études : beaucoup de sociétés de nature familiale, par exemple, ont trouvé dans la cotation un instrument d’une efficacité redoutable.

Club Italie-France : Le secteur financier est le cœur de l’économie britannique. Depuis le non de l’Union Européenne à la fusion des Bourses de Londres et celle de Francfort, et la sortie du Royaume-Uni de l’UE, la Bourse de Milan deviendra le point d’approche du vieux continent pour Londres. Quelles sont les opportunités que le MIB pourra saisir ?

Raffaele Jerusalmi : La situation en ce moment, est assez confuse. Je ne constate pas assez de visibilité pour les développements de la croissance dès lors que l’Angleterre est sortie de l’Union Européenne. Nous ne savons guère les prévisions pour les marchés financiers, les opportunités et les risques sont difficiles à évaluer. A l’avenir, peut-être, une visibilité très rare est à prévoir, mais il y a une grande partie de l’activité du groupe qui possède une forte présence aux Etats-Unis. Si on observe le tableau mondial de l’économie, un tiers des profits provient des Etats-Unis, un tiers du Royaume Uni, un tiers de l’Europe. Nous sommes un groupe déjà assez mondialisé, présent en Asie avec une cotation de marché plus réduite avec moins d’affinités certes, mais nous demeurons néanmoins mondialisés. Je ne vois pas la réalisation plausible des conséquences particulières du Brexit, notamment concernant la partie européenne, pour Londres et pour l’Italie en particulier. Nous possédons d’importantes opérations en France. Il est évident que des opportunités et des risques potentiels subsistent, mais ceci dépend aussi de la position des banques et de nos principaux clients. La visibilité est tout à fait insuffisante. Le Brexit impose des défis et il faudra voir comment les pays européens les appréhenderont.

Club Italie-France : Le secteur de la gastronomie possède un chiffre d’affaires supérieur à celui de luxe. A combien est évaluée son entrée en bourse afin d’en avantager les entreprises du secteur ? Pouvez-vous prévoir une évolution semblable à celle qui prend cours dans le secteur du luxe ?

Raffaele Jerusalmi : Vous touchez là un point sensible. Nous avons déjà annoncé qu’un de nos prochains secteurs sera celui de la gastronomie. Cela va développer l’annonce qui a été déjà été faite pour EatItaly concernant les entreprises de ce secteur, où la partie financière est toujours limitée,  pour diverses raisons.   La gastronomie est une industrie en Italie qui a toujours souffert de la mondialisation. Je vous donne l’exemple d’une entreprise qui a annoncé vouloir être cotée en Bourse : Esselungaqui est une entreprise exceptionnelle selon les paramètres du niveau européen. Cependant c’est un groupe nord italien, et les habitants du Sud de la péninsule, en dessous d’une certaine classe sociale, ne la connaissent pas ! Et comme l’Esselunga, il y a de nombreuses entreprises méritent reconnaissance mais qui n’ont pas su se placer sur le plan international. Puis nous avons des exceptions comme Ferrero ou Barilla. Nous parlons de niches de marchés, le grade d’internationalisation demeurant limité comme dans le secteur de la mode ou du luxe où nous sommes meilleurs. Concernant la gastronomie il y a encore beaucoup à faire ! EatItaly pourrait être un excellent élément déclencheur en étant le premier vrai canal de distribution international de gastronomie. Ce concept propose une nourriture italienne artisanale grâce à l’esprit inventif de son créateur Farinetti. Ce dernier, afin de promouvoir l’excellence de la nourriture italienne est devenu le moteur principal du processus de distribution de cette réalité, qui n’aurait pas pu traverser les frontières de sa propre région. Si EatItaly devait être cotée en Bourse, alors nous espérerions que cela soit un processus d’émulation dans la mesure où beaucoup de personnes regarderaient cela avec intérêt pour que chaque entreprise de gastronomie puisse s’implanter au-delà des frontières nationales.

Club Italie-France : Dans quelles mesures les actions mises en chantier par le gouvernement par exemple, le PIR (Piani Individuali di Risparmi / Plan individuels d’Epargne) ont influencé leur évolution ?

Raffaele Jerusalmi : L’influence a été minime. On constatera au cours de temps de quelle manière nous avons estimé les dizaines de milliards d’euros récoltés en 2017 pour le PIR. Ce sera surement un chiffre conséquent ! Pas toute, mais une petite partie de cette somme sera consacrée au marché d’une manière progressive ; c’est une excellente initiative du gouvernement qui a contribué au développement de ce marché pour les petites et les moyennes entreprises à la vision encore limitée. Cela est également un point positif, ce qui signifie que dans le respect des règles de ces PIR, l’évolution se verra dans le temps :  il reste encore beaucoup d’espace aussi bien en termes de marges qu’en termes d’investissements.

Quelles sont vos prévisions de développement pour 2018 ?

Raffaele Jerusalmi : Le développement des cotations sur les marchés boursiers est très positif. Ce sera un défi à atteindre mais le regroupement des 50 nouvelles sociétés nouvellement cotées sur le marché sera possible. Ce rassemblement, qui mettra à l’essai toute l’industrie, va créer une pression particulière aussi bien sur les banques que sur les advisor impliqués dans ce processus. Ce sera sera un test intéressant et ce serait la première fois que cela arrive dans l’histoire de notre marché ! L’année 2018 se développera en suivant une direction positive ; il y a des signes économiques positifs comme l’évolution des entreprises, en particulier celles qui sont cotées sur les marchés. Dans l’attente de changements, les élections donneront un résultat probablement en synergie avec ce que les gens attendent, mais je ne vois pas de grands risques. Parce que d’ailleurs, de ce point de vue, en 2017, il y a eu de nombreux résultats politiques qui n’étaient pas pronostiqués. Les marchés ont continué à grimper malgré l’élection de Trump, le Brexit, le gouvernement d’extrême droite en Autriche et le fait qu’en Allemagne, il n’a pas eu la formation d’un gouvernement; nous sommes encore dans une discussion ouverte. A mon avis, 2018 sera une année néanmoins positive.

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4 novembre 2017

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